Des enquêtes journalistiques et des dépôts judiciaires récents mettent en lumière le recours, par l’administration américaine, à des méthodes opaques pour expulser des personnes vers le continent africain. Au cœur de la controverse : l’utilisation d’avions militaires et de pays tiers pour des transferts qui, selon des experts juridiques, soulèvent de graves questions au regard du droit international. Alors que le gouvernement américain invoque la sécurité nationale, des organisations de défense des droits humains dénoncent des pratiques aux frontières de la légalité.
Des Itinéraires Opaques sous Scrutin
Selon une enquête approfondie du magazine Rolling Stone, au moins certains vols documentés ont impliqué des avions-cargos C-17 de l’US Air Force dont les transpondeurs semblaient avoir été désactivés, rendant leur trajet difficile à suivre publiquement. Pour ces vols, la mission n’était pas de nature combattante mais destinée au transport de personnes expulsées. Le média a pu reconstituer des itinéraires pour certains cas, montrant que des bases militaires comme Guantánamo Bay servent de hubs logistiques pour certains de ces transferts. Cette utilisation a été confirmée par d’autres publications spécialisées comme Air & Space Forces Magazine.
L’administration utilise le secret militaire pour couvrir ce qui est fondamentalement une fonction de police. — « JJ in DC », activiste cité par Rolling Stone
Le Principe de Non-Refoulement Contesté
Le cas le plus emblématique, rapporté par l’Associated Press et des documents judiciaires, concerne 14 hommes nigérians et gambiens. Bien qu’ayant obtenu une protection juridique aux États-Unis contre une expulsion vers leur pays d’origine par crainte de persécutions, ils ont été envoyés de force au Ghana. Des avocats et des universitaires estiment que, en renvoyant des personnes protégées vers un pays tiers sans garanties suffisantes, l’administration risque de contourner le principe de non-refoulement, pierre angulaire de la Convention de Genève de 1951. Certains experts, comme la professeure Rebecca Sharpless citée par Rolling Stone, vont jusqu’à rapprocher ces pratiques de formes graves de privation de liberté. Saisie de l’affaire, la juge américaine Tanya Chutkan, bien qu’estimant ne pas avoir la juridiction pour bloquer le transfert final depuis le Ghana, s’est dite « alarmée » par les actions de l’administration, les qualifiant de « fallacieuses ».
Le Dilemme des Pays Hôtes et la Justification Américaine
Face à la controverse, les autorités américaines assument leur stratégie. Un porte-parole du Département de la Sécurité Intérieure (DHS), cité dans l’enquête, a déclaré : « Si vous venez illégalement dans notre pays, vous pourriez vous retrouver (…) dans n’importe quel nombre de pays tiers comme le Ghana. » La justification officielle est celle de la dissuasion et de l’expulsion des « étrangers illégaux criminels ». Le Ghana, de son côté, a défendu sa décision de recevoir temporairement ces personnes au nom du « principe humanitaire et de l’empathie panafricaine », tout en se distanciant des politiques de l’administration Trump. L’affaire illustre le dilemme des nations africaines, soumises à la pression diplomatique de Washington. Par ailleurs, des plaintes ont été déposées aux États-Unis concernant les conditions de ces transferts. Se basant sur des dossiers judiciaires, Courthouse News Service rapporte des allégations sur l’usage prolongé de dispositifs de contention (WRAP), qui auraient provoqué des blessures et des risques d’asphyxie.
Les éléments rassemblés par les enquêtes journalistiques et les dépôts judiciaires montrent que l’administration a recours, au moins dans certains cas documentés, à des vols militaires et à des méthodes opaques pour transférer des personnes hors des États-Unis vers des pays africains. Ces pratiques soulèvent des questions graves au regard du droit international — notamment du principe de non-refoulement — et sont aujourd’hui contestées devant les tribunaux. Alors que les autorités américaines et ghanéennes fournissent des versions parfois contradictoires, la controverse juridique et humanitaire se poursuit.
