À Bogo, dans le nord du Cameroun, le petit Mohamat est mort à neuf mois, terrassé par une fièvre de paludisme. À la clinique, le médicament vital manquait. Son histoire est celle de milliers d’enfants, dans une région où les décès liés au paludisme repartent à la hausse après des années de progrès. La raison ? Les coupes massives dans l’aide américaine, jusque-là pilier de la lutte contre cette maladie.
Derrière les débats géopolitiques, c’est une question de vie ou de mort. Et le prix de ces choix politiques se compte en tombes fraîchement creusées.
Le Prix Humain des Décisions Politiques
Depuis 2005, l’Initiative présidentielle américaine contre le paludisme (PMI) avait permis de sauver près de 12 millions de vies dans le monde. Au Cameroun, elle avait réduit la mortalité de moitié en quelques années. Mais en 2025, les financements ont été brutalement arrêtés dans le cadre de la stratégie « America First ».
Conséquence immédiate : plus de 2 000 agents de santé communautaires renvoyés, des moustiquaires non distribuées, des diagnostics retardés et des traitements introuvables. Dans les villages, les familles pauvres paient le prix fort.
Le Paludisme Reprend du Terrain
Les progrès spectaculaires réalisés entre 2020 et 2024 sont en train de s’effondrer. Dans la région de l’Extrême-Nord, les décès liés au paludisme avaient chuté de 1 500 à moins de 700 par an. En 2025, le taux de mortalité est déjà remonté à 15 %, selon les données régionales.
Et cela au pire moment : la saison des pluies favorise la prolifération des moustiques. Les ruptures de médicaments aggravent la situation : même une livraison récente de 200 000 doses d’artésunate ne couvre pas trois mois de besoins.
Familles Brisées, Économie locale Fragilisée
Pour Alhadji Madou Goni, cultivateur de sorgho, la perte de son fils Mohamat est un drame intime, mais aussi un symbole : quand l’aide s’effondre, les familles les plus pauvres n’ont plus aucune protection.
Le coût de la maladie est double : humain et économique. Des parents perdent leurs enfants, mais aussi leur force de travail, épuisés par la maladie. Le cercle vicieux de la pauvreté et de la santé se referme.
Une Crise Africaine, un Silence Global
Le Cameroun n’est pas seul. Au Liberia, au Nigeria, au Sahel, des milliers d’agents de santé autrefois soutenus par le PMI sont aujourd’hui sans ressources. Certains travaillent bénévolement, d’autres abandonnent.
L’Organisation mondiale de la santé alerte sur des « trous critiques » dans la prévention et le traitement. Pire : faute de financements, la collecte de données est elle-même interrompue. On ne sait même plus mesurer précisément l’ampleur de la catastrophe.
Quand la Politique Tue
À Washington, les responsables défendent leur choix : les États-Unis ne veulent plus « payer seuls » pour l’aide mondiale. Mais sur le terrain, ce sont des bébés qui meurent. Les coupes budgétaires prévues pour 2026 pourraient encore réduire de moitié le financement du PMI.
La question devient brutale : combien d’enfants devront encore mourir avant que la lutte contre le paludisme redevienne une priorité mondiale ?
Le paludisme est une vieille maladie. Mais ce qui tue aujourd’hui au Cameroun, ce n’est pas seulement un moustique. C’est aussi l’indifférence, les calculs politiques, l’abandon d’un combat collectif.
À Bogo, à Maroua, dans les villages de l’Extrême-Nord, les parents n’attendent pas des débats. Ils espèrent simplement qu’un enfant ne meure pas d’une fièvre pour laquelle un traitement existe déjà.
Car au fond, une question demeure : que vaut une vie d’enfant face à un choix budgétaire ?
