Dans un contexte budgétaire tendu et de volonté affichée de soutenir la production nationale, le projet de loi de finances 2026 introduit un changement significatif : les purées et bouillies infantiles importées seront désormais soumises à des droits de douane et à la TVA, tandis que le lait infantile restera, lui, exonéré. Une mesure qui s’inscrit dans la stratégie du gouvernement de rééquilibrer la balance commerciale et de stimuler la filière agroalimentaire locale.
Une distinction Claire : le lait Infantile reste Epargné
Contrairement aux inquiétudes initiales, le lait infantile importé — inscrit sous la sous-position douanière 1901.10.13 — ne sera pas frappé de taxes à l’importation.
Le gouvernement a choisi de maintenir son exonération de droits de douane et de TVA afin de préserver l’accessibilité de ce produit essentiel pour les nourrissons et jeunes enfants, souvent considéré comme un bien de première nécessité.
Cette décision vient tempérer les craintes de nombreux parents face à une éventuelle hausse des prix sur les produits d’alimentation infantile, alors que le pouvoir d’achat reste fragilisé.
Les Purées et Bouillies désormais Taxées
En revanche, le projet de loi de finances (PLF) 2026 prévoit d’appliquer une TVA de 20 % et un droit de douane équivalent aux purées, bouillies et autres préparations pour enfants conditionnées pour la vente au détail.
Sont notamment concernés :
- Les poudres sucrées ou non destinées à la fabrication de crèmes, puddings ou desserts ;
- Les extraits de malt et farines grillées ;
- Les produits contenant du cacao ;
- Les purées de légumes et bouillies infantiles importées.
Ces produits avaient déjà été soumis à des droits de douane dans le budget 2025 ; l’ajout de la TVA vient ainsi compléter la mesure, avec pour objectif d’« harmoniser le régime d’imposition » et d’élargir la base fiscale.
Une logique Économique : Soutenir la Production locale
Le ministère des Finances et celui du Commerce justifient cette retaxation par une double logique :
- Réduire la dépendance aux importations, alors que le pays cherche à mieux valoriser ses ressources agricoles ;
- Encourager la production locale d’aliments pour nourrissons, jugée plus nutritive et plus respectueuse des circuits biologiques.
Selon l’exposé des motifs du PLF 2026, malgré leur exonération antérieure, ces produits restent « coûteux et peu accessibles » pour une majorité de ménages. Le gouvernement souhaite donc stimuler l’offre locale en incitant les industriels malgaches à développer des alternatives à base de produits nationaux : riz, manioc, patate douce ou encore fruits tropicaux.
Un Potentiel de Marché sous-exploité
La consommation de produits infantiles importés reste concentrée dans les grandes villes, mais la demande croît régulièrement. Selon les données de la Direction générale des douanes, les importations de produits pour bébés représentent plus de 15 millions USD par an, dont une majorité provient d’Europe et d’Asie.
Pour les acteurs de l’agro-industrie locale, cette nouvelle donne pourrait ouvrir un segment prometteur. Plusieurs entreprises malgaches, déjà engagées dans la transformation de fruits, de légumes ou de céréales, pourraient bénéficier d’un effet d’aubaine à condition de répondre aux normes de qualité et de sécurité alimentaire exigées pour les produits infantiles.
Entre équité Fiscale et Protection des Consommateurs
Cette réforme suscite toutefois des réserves : si la mesure est cohérente avec la volonté de relocaliser la valeur ajoutée, elle pourrait renchérir temporairement certains produits avant que les alternatives locales ne soient pleinement opérationnelles.
Les associations de consommateurs demandent donc un suivi rigoureux des prix et des mécanismes de soutien pour éviter toute hausse injustifiée sur les produits de base pour enfants.
Vers une Politique industrielle Cohérente
Le débat sur la taxation des produits infantiles s’inscrit dans une réflexion plus large sur la politique industrielle et agricole de Madagascar. En orientant la fiscalité vers une logique de valorisation locale, le gouvernement cherche à bâtir un modèle économique plus autonome, tout en préservant les produits essentiels comme le lait infantile.
Le défi, désormais, sera de traduire cette mesure fiscale en véritable opportunité de développement pour la filière agroalimentaire nationale — sans alourdir la facture des familles.
