À Mayotte, le cyclone Chido a laissé des traces indélébiles. Mais l’exposition “Les mémoires du vent” offre aujourd’hui un espace où douleur et reconstruction se mêlent, où l’art devient un vecteur de mémoire, de résilience et de solidarité. Peintures, photographies, installations : chaque œuvre raconte le passage du cyclone tout en insufflant un souffle d’espoir.
Des Décombres à la Mémoire : l’Art au Service de la Résilience
Le 14 décembre 2024, le cyclone Chido a bouleversé Mayotte. L’exposition “Les mémoires du vent”, inaugurée à l’Office du Tourisme de Mamoudzou, rassemble peintures, photographies et installations qui revisitent ces événements. Les artistes offrent un espace où se mêlent mémoire, émotion et espoir pour la population encore marquée par la catastrophe.
Une grande photographie du quartier Bonobo, réalisée par Nayl Mtoubani, attire immédiatement le regard. Maisons éventrées, tôles arrachées, collines ravagées : l’image capte la dureté du passage du cyclone tout en donnant à l’art un rôle de témoin.
Plus loin, “Chido” de Deutch, assemblage de morceaux de miroirs brisés et de brindilles, attire tous les regards. Asmai Hamada confie : « J’ai revécu certaines scènes en voyant cette œuvre, mais elle m’a aussi rappelé que nous sommes toujours debout. » L’artiste transpose la mémoire collective dans chaque fragment, offrant un miroir où chacun retrouve ses souvenirs.
Les photographies de Dylan Nourdine et Kamardine Mohamed Rabion racontent la solidarité post-catastrophe : un homme en prière dans un lieu de culte abîmé, des habitants rassemblés autour d’un puits. Pour Ismael Kidza, réfugié lors du cyclone, prendre des clichés fut instinctif :
C’était ma façon de rendre hommage aux victimes et de témoigner.
Des expressions Artistiques contrastées
PapaJan explore le cyclone à travers la bande dessinée et le graffiti. Ses silhouettes colorées errent parmi les décombres, et son œuvre “Ce qui ne tue pas…” laisse le spectateur libre d’interpréter l’issue : rire ou émotion, chaque expérience est unique.
Boaz Mbemba mêle peinture et danse contemporaine africaine dans “La danse du vent”, symbolisant le fil de la mémoire et de la résilience. Béatrice Édouard, quant à elle, propose une œuvre lumineuse : une mariée en tenue traditionnelle, témoignage que la vie continue malgré le chaos.
Pour Denis Balthazar, directeur artistique, l’exposition était nécessaire :
Après Chido, il fallait donner à la population un moyen de se reconstruire. L’art transforme la dureté de l’événement en une expérience qui apaise et rassemble.
Une Exposition comme Espace de Parole
Visiteurs et habitants témoignent de l’impact de l’exposition. Nakida Radjabou, qui a vécu le cyclone, explique : « À Mayotte, on garde souvent nos émotions pour soi. L’art nous aide à les partager. » Fatima Ousseni ajoute : « Chaque œuvre est un témoignage, un message de résilience pour toute la communauté. »
L’enseignant Yoann Elisabeth-Mesnager souligne l’universalité du message : « Le cyclone nous a rappelé notre fragilité et notre solidarité. Ces œuvres font renaître un regard d’enfant, capable de voir le monde autrement. »
Visible jusqu’à la fin du mois d’octobre, “Les mémoires du vent” est plus qu’une commémoration : c’est un espace où la douleur se transforme en mémoire partagée. Trois mots résument son esprit : résilience, solidarité, espoir.

