Sous un ciel limpide et une foule en liesse, les rues de New York ont vibré ce dimanche 2 novembre au rythme des foulées africaines. Les Kényans ont signé un triomphe absolu lors de la légendaire course, s’offrant deux triplés historiques — hommes et femmes — et rappelant au monde que le royaume du marathon parle toujours swahili.
La Reine Obiri, entre Grâce et Puissance
Le jour s’est levé sur Central Park avec un air d’histoire. Dès les premiers kilomètres, la course féminine annonçait la couleur : un affrontement de haut niveau entre les trois dernières championnes de New York — Hellen Obiri (2023), Sharon Lokedi (2022) et Sheila Chepkirui (2024) — face à la Néerlandaise Sifan Hassan, la star des pistes devenue marathonienne.
Rapidement, l’allure s’est durcie. Hassan, auréolée de sa victoire récente à Sydney, n’a pas tenu le rythme infernal imposé par le trio kényan. Dans les derniers kilomètres, Obiri s’est détachée avec une foulée souveraine pour s’imposer en 2 h 19 min 51 s, pulvérisant le record féminin du parcours établi en 2003 par Margaret Okayo (2 h 22 min 31 s).
« C’est une victoire du travail et de la foi », confie-t-elle, radieuse, drapeau du Kenya sur les épaules. Derrière elle, Lokedi (2 h 20 min 07 s) et Chepkirui (2 h 20 min 24 s) complètent un podium 100 % kényan — un symbole éclatant de la domination féminine africaine sur la scène mondiale.
Chez les Hommes, un Sprint d’anthologie
Quelques minutes plus tard, la course masculine a offert un final d’anthologie. Benson Kipruto, 34 ans, a livré une bataille haletante contre Alexander Mutiso, jusqu’aux tout derniers mètres. Au bout d’un sprint à couper le souffle, Kipruto s’impose en 2 h 08 min 09 s, pour seulement 16 centièmes de seconde d’écart !
Avec ce succès, il rejoint le cercle très restreint des coureurs ayant remporté quatre marathons majeurs — après Boston (2021), Chicago (2022) et Tokyo (2024). Mutiso et Albert Korir (2 h 08 min 57 s) complètent le second triplé kényan de la journée.
Chaque course est une leçon d’humilité. Mais aujourd’hui, c’est une victoire pour tout le Kenya.
Kipchoge, l’Ombre d’une Légende
Derrière ces nouveaux héros, une légende faisait encore battre les cœurs : Eliud Kipchoge. À trois jours de ses 41 ans, le double champion olympique participait à son tout dernier marathon “pro”, selon ses dires. Même s’il a terminé 17ᵉ en 2 h 14 min 36 s, sa seule présence a illuminé la course.
Souriant à l’arrivée, Kipchoge a été ovationné par le public new-yorkais. L’homme aux 11 victoires sur les marathons majeurs n’a peut-être pas dit son dernier mot. Certains évoquent déjà de nouveaux défis fous, comme une course en Antarctique ou un 50 km dans le désert saoudien.
Le Marathon, Miroir d’un Pays
Au Kenya, chaque victoire de marathon résonne bien au-delà des podiums. C’est tout un peuple qui célèbre la discipline devenue fierté nationale. Dans les hautes terres de la vallée du Rift, à Iten ou Eldoret, les jeunes coureurs suivent ces exploits comme on suivrait des héros.
Car au-delà des records et des chronos, ces performances racontent une histoire : celle d’une nation où la course à pied symbolise la persévérance, la discipline et l’espoir. À New York, les foulées kényanes n’ont pas seulement conquis des médailles : elles ont rappelé au monde qu’au marathon, le cœur du Kenya bat toujours un peu plus fort que les autres.

