Les tensions montent dangereusement dans la Corne de l’Afrique, où l’Éthiopie affiche désormais ouvertement ses ambitions expansionnistes envers son voisin, l’Érythrée. Selon une analyse de The Economist, le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a clairement exprimé son intention de prendre le contrôle d’un port sur la mer Rouge. Cette rhétorique a été renforcée par une déclaration de l’armée éthiopienne, le 27 septembre, affirmant qu’elle « paierait n’importe quel sacrifice » pour regagner le port d’Assab, ravivant les craintes d’une nouvelle guerre à grande échelle.
Cette menace éthiopienne, soutenue par un arsenal nouvellement acquis de drones et de missiles, vise une Érythrée perçue comme affaiblie. Dirigée d’une main de fer par Isaias Afwerki depuis 1991, l’Érythrée est économiquement exsangue, vidée d’une grande partie de sa jeunesse par un système de conscription militaire à durée indéterminée qui a poussé, selon les estimations, près d’un tiers de la population à l’exil.
Ils peuvent transformer Asmara en Gaza s’ils le veulent. — Un ancien diplomate occidental, cité par The Economist
Face à ce péril existentiel, un spectaculaire renversement d’alliances a eu lieu. L’Érythrée et l’Éthiopie, qui étaient alliées entre 2020 et 2022 dans la guerre contre les forces du Tigré (TPLF), sont désormais adversaires. En conséquence, l’Érythrée et ses anciens ennemis jurés du TPLF ont formé une nouvelle alliance tactique contre leur ennemi commun : le gouvernement d’Abiy Ahmed.
Cette nouvelle configuration fait ressurgir des questions historiques explosives. Des voix au sein du TPLF évoquent à nouveau l’idée d’une « Grande Tigré », une reconfiguration territoriale qui unirait le Tigré et une partie de l’Érythrée, dont les populations sont ethniquement proches. Bien que cette perspective soit jugée « fantaisiste » par certains experts, elle illustre la profonde instabilité et la remise en cause des frontières que la politique agressive d’Addis-Abeba a déclenchées.

