Avec un PIB par habitant classé premier du continent par la Banque Mondiale, des plages iconiques et une relative stabilité politique, la République des Seychelles fait figure d’exception en Afrique. Pourtant, les élections générales qui s’ouvrent ce jeudi 25 septembre révèlent les fractures profondes d’un « paradis » paradoxal. Le président sortant, Wavel Ramkalawan, défend un bilan économique salué à l’international, face à un rival, Patrick Herminie, qui met en lumière une crise sociale profonde, marquée par l’explosion du coût de la vie et une toxicomanie dévastatrice. Ce scrutin n’est pas seulement une compétition politique ; c’est un test pour la consolidation de l’alternance démocratique historique de 2020.
Le Bilan Économique : Une Stabilité à l’Épreuve du Quotidien
Arrivé au pouvoir en 2020, Wavel Ramkalawan a géré une reprise post-Covid spectaculaire. Les indicateurs macroéconomiques, validés par le Fonds Monétaire International (FMI), sont solides : l’inflation est maîtrisée sous les 2% et le gouvernement poursuit l’objectif crédible de ramener la dette publique sous le seuil de 50% du PIB d’ici 2030. Fort de ce bilan, le président promet de poursuivre les investissements dans les infrastructures et la protection sociale. Cependant, ces chiffres ne reflètent pas le ressenti de tous. « Les statistiques sont bonnes, mais le prix du panier de la ménagère, lui, ne cesse d’augmenter », confie une habitante de Victoria au journal Seychelles Nation. « C’est cela, notre réalité. »
Nous disons : gardez votre géopolitique pour vous. Un navire de guerre français, américain, britannique, chinois ou indien, tous sont les bienvenus. — Wavel Ramkalawan, Président des Seychelles
La Face Sombre : Crise Sociale et Accusations
C’est sur cette fracture que Patrick Herminie, candidat du parti historique United Seychelles, concentre ses attaques. Il dénonce une corruption rampante et, surtout, une crise de la drogue d’une ampleur dramatique. Selon des données rapportées par des agences comme AP News et confirmées par des experts de l’ONUDC, avec près de 6 000 usagers d’héroïne pour environ 120 000 habitants, les Seychelles affichent un taux de prévalence qui avoisine les 5% de la population, l’un des plus forts au monde. La campagne a été marquée par des tensions, illustrées par l’arrestation en 2023 de M. Herminie lui-même pour une affaire de « sorcellerie » liée à une tentative de coup d’État présumée, des charges qu’il a toujours niées et qui ont finalement été abandonnées, comme l’a rapporté la BBC.
Un « Non-Alignement » Actif sur l’Échiquier de l’Océan Indien
La stratégie diplomatique de Wavel Ramkalawan est au cœur des débats. Sa doctrine de neutralité vise à transformer la position stratégique des Seychelles en un atout économique. « Si l’Inde et la Chine ont des problèmes, ce ne sont pas les nôtres », a-t-il déclaré à Reuters. Cette posture lui permet d’attirer les investissements de toutes les puissances. Cependant, cet équilibrisme est précaire. Des analystes de Chatham House soulignent que la rivalité sino-indienne croissante dans la région exerce une pression immense sur les petits États insulaires.
La Consolidation Démocratique en Jeu
Au-delà des programmes, l’enjeu de cette élection est la consolidation de l’alternance démocratique de 2020, qui a mis fin à 43 ans de règne du même parti. Ce scrutin est un test de maturité. Les 73 000 électeurs devront trancher : confirmer un leadership à la gestion économique saine mais dont les bénéfices peinent à se diffuser, ou faire revenir au pouvoir un parti historique qui, bien que se disant réformé, traîne un lourd passif. Le verdict, attendu dimanche, sera un indicateur clé, non seulement pour l’avenir des Seychelles, mais aussi pour d’autres petits États insulaires qui, de la Caraïbe au Pacifique, partagent ce même défi de concilier richesse macroéconomique et crises sociales profondes.
