Début septembre, le drapeau israélien a été hissé à Lusaka pour la première fois en 52 ans. Un symbole puissant. Au moment où Israël fait face à un isolement international sans précédent suite à la guerre à Gaza — qualifiée de génocide par une commission d’enquête de l’ONU —, le pays accélère une offensive diplomatique et sécuritaire sur le continent africain. Cet activisme, loin d’être nouveau, est une réactualisation d’une vieille doctrine stratégique, visant à trouver des alliés sur un continent historiquement solidaire de la cause palestinienne.
Une Offensive Diplomatique sur Plusieurs Fronts
La manœuvre zambienne n’est que la partie la plus visible d’une séquence diplomatique intense. Une semaine plus tôt, comme le rapporte Al Jazeera, la vice-ministre des Affaires étrangères israélienne, Sharren Haskel, était au Nigeria. La rencontre, non médiatisée par Abuja, a été suivie de l’arrestation d’un leader de la communauté palestinienne locale. Mme Haskel s’est ensuite rendue au Soudan du Sud, allié de longue date, pour y promettre de l’aide, alors même que des rumeurs persistantes faisaient état de discussions sur un possible transfert forcé de Palestiniens de Gaza vers ce pays d’Afrique de l’Est. Cette offensive vise, selon l’analyste Faith Mabera, à appliquer une « stratégie de ‘diviser pour mieux régner' », en ciblant la Zambie pour « éroder le soutien régional » à l’Afrique du Sud, le critique le plus féroce d’Israël sur le continent. L’analyste Reneva Fourie ajoute qu’Israël « exploite le contexte » de la Zambie, en défaut de paiement depuis 2020 et « désespérée d’attirer les investissements ».
En s’intégrant dans les structures de sécurité africaines, Israël ne profite pas seulement de l’instabilité, il gagne aussi des partenaires moins susceptibles de contester son occupation militaire. — Reneva Fourie, analyste sud-africaine
La Diplomatie de l’Aide et des Armes
Pour parvenir à ses fins, Israël déploie un arsenal d’outils d’influence. D’un côté, une aide au développement ciblée via son agence Mashav. Si elle est très visible, son poids financier reste modeste : l’aide israélienne à l’Éthiopie, son principal bénéficiaire, est dérisoire face aux 1,3 milliard de dollars versés par les États-Unis en 2024. De l’autre, Israël est un vendeur d’armes et de technologies de surveillance prisé. Des données du SIPRI confirment que des pays comme le Cameroun, le Tchad ou le Nigeria ont acheté des armes israéliennes entre 2006 et 2010. Cette coopération sécuritaire est un levier d’influence majeur.
Un Continent Fracturé, entre Histoire et Realpolitik
La réponse africaine à cette offensive illustre une fracture profonde. Le souvenir de l’unité passée est encore vif : après la guerre d’octobre 1973, plus de 20 nations africaines avaient rompu leurs liens avec Israël, un revers diplomatique sans précédent pour Tel-Aviv. Aujourd’hui, ce front est fissuré. D’un côté, le bloc de la solidarité historique avec la Palestine, mené par l’Afrique du Sud et l’Algérie, et incarné par l’Union Africaine, qui a confirmé la suspension du statut d’observateur d’Israël en 2023. De l’autre, un groupe de pays aux motivations diverses : le Maroc et le Soudan via les Accords d’Abraham, le Soudan du Sud par alliance historique, et la Zambie par pragmatisme économique. Ce schisme se reflète dans les votes à l’Assemblée Générale de l’ONU, où plusieurs pays africains s’abstiennent désormais lors des résolutions condamnant Israël.
En définitive, l’offensive israélienne obtient des succès tactiques indéniables. Elle réussit à créer des brèches dans le front africain. Mais comme le note Muhammad Desai, du groupe de solidarité Africa4Palestine, ces victoires diplomatiques se heurtent à une opinion publique et à des mouvements citoyens qui restent massivement pro-palestiniens. Israël est peut-être en train de gagner les gouvernements, mais la bataille pour les cœurs et les esprits africains est loin d’être terminée.
