À l’approche des fêtes, les étals débordent de chocolats brillants, dorés, festifs. Les calendriers de l’Avent s’alignent comme de petites promesses, les coffrets premium scintillent sous les projecteurs des supermarchés, et les tablettes aux saveurs sophistiquées rappellent la douceur des moments partagés.
Mais cette année, derrière cette vitrine féérique, un constat s’impose : le chocolat n’est plus à la portée de tous. Pour de nombreuses familles, ce plaisir autrefois simple devient un luxe. Et pour certaines, il faut choisir entre se tourner vers une marque bas de gamme… ou renoncer.
Une flambée des Prix portée par un Marché du cacao sous Tension
La hausse spectaculaire du prix du cacao est au cœur de cette inflation. Depuis 2024, le marché international a connu une envolée historique. Après avoir frôlé les 11 dollars le kilo en janvier, les prix restent, malgré un léger repli, 70 % plus élevés que l’année précédente.
Cette tension s’explique par une combinaison de facteurs lourds :
- Conditions climatiques extrêmes en Afrique de l’Ouest, première région productrice mondiale
- Maladies ravageuses touchant les cacaoyers lors des saisons pluvieuses
- Chute de la production mondiale de 12 % en 2023–2024, passant de 4,9 à 4,3 millions de tonnes
- Hausse de la demande saisonnière, notamment en Europe et en Amérique du Nord
La Côte d’Ivoire et le Ghana, qui fournissent près de 60 % de l’offre mondiale, ont été particulièrement touchés. Même si la campagne 2024–2025 a connu un rebond (+11 %), les prix ne sont pas redescendus à leur niveau d’avant-crise.
Face à ce choc structurel, les industriels ont répercuté leurs coûts.
L’industrie du Chocolat n’absorbe plus la Hausse : les consommateurs Trinquent
Lindt, l’un des géants du secteur, a augmenté ses prix de 16 % en 2025, après une hausse cumulée de 35 % en quatre ans. Et il n’est pas le seul. Entre le coût du cacao, la hausse de l’énergie, du transport, du sucre et du lait… c’est toute la chaîne qui est sous pression.
Résultat :
- Un calendrier de l’Avent de 170 g peut atteindre Rs 1 199
- Un simple ourson en chocolat de 40 g affiche Rs 189
- Un coffret Ferrero de 350 g dépasse Rs 900
- Certaines marques premium flirtent avec les Rs 1 000
- Les produits “accessibles” commencent autour de Rs 279
Pour les familles modestes, le choc est brutal.

Familles et arbitrages : le Chocolat devient une Décision budgétaire
Stéphane, père de famille, résume la situation :
« Les chocolats de qualité donnent envie, mais leurs prix sont exorbitants. On n’a plus le choix : soit on se tourne vers des marques moins chères, soit on s’en prive. »
Cette décision, autrefois insignifiante, devient un symptôme visible du coût de la vie. Choisir un chocolat devient un arbitrage, parfois vécu comme une renonciation.
Pour certains, la solution est simple : moins de chocolat, ou pas du tout.
Une taxe Sur le sucre qui Aggrave la facture
À l’échelle locale, une nouvelle mesure fiscale alourdit encore l’addition. Depuis le 1ᵉʳ octobre, la taxe sur le sucre s’étend aux chocolats et aux glaces. Une décision justifiée par un objectif de santé publique — la lutte contre l’obésité — mais qui frappe de plein fouet un produit déjà en forte inflation.
Le secrétaire général de l’Association des consommateurs de l’île Maurice, Jayen Chellum, nuance :
« Le chocolat est un plaisir occasionnel, pas un produit de surconsommation. Le taxer comme une boisson gazeuse crée un déséquilibre. »
Selon lui, une taxation différenciée et un affichage clair des taxes auraient été plus juste.
Des pistes pour demain : innovation et production durable
Paradoxalement, alors que le cacao se raréfie, la recherche progresse.
L’université Penn State a récemment mis au point, grâce à CRISPR-Cas9, un cacaoyer plus résistant aux maladies, sans modification transgénique. Résultat : 42 % de lésions en moins après infection.
Cette innovation promet :
- une plus grande résilience des cultures
- moins de pertes
- une stabilisation de l’offre mondiale
- une réduction de la dépendance aux pesticides
Une avancée essentielle dans un secteur fragilisé par le climat.
Un plaisir Menacé ?
Si les prévisions indiquent un recul de 13 % des prix du cacao en 2026, le marché reste extrêmement vulnérable. Les épisodes climatiques extrêmes pourraient annuler ces gains du jour au lendemain.
La question est alors simple :
le chocolat est-il en train de devenir un produit de luxe ?
Pour certains ménages, la réponse est déjà oui.
