Alors que la Tanzanie, comme une grande partie de l’Afrique, est frappée par des chocs climatiques de plus en plus violents, des agriculteurs développent leurs propres stratégies de résilience. Dans la région de Mbeya, une sécheresse sévère a dévasté la culture du riz, laissant les communautés dans le désarroi. « Les jeunes sont découragés », témoigne un ancien du village. Mais plus à l’est, dans la région de Morogoro, une solution émerge : l’agroforesterie.
Cette pratique, qui consiste à intégrer des arbres dans les cultures agricoles, est devenue une « corde de rappel » pour de nombreux fermiers. Le projet, mené par l’ONG locale Agriwezesha, a permis de planter plus de 440 000 arbres (avocatiers, pins, cyprès) qui aident à stabiliser les sols, à retenir l’humidité et à diversifier les revenus.
L’agroforesterie a transformé ma vie. Nous mangeons des avocats tous les jours et, pour la première fois, je peux payer les frais de scolarité sans mendier.
Mary Gasper Mkwama, agricultrice tanzanienne
Les résultats sont spectaculaires pour certains. Mary Gasper Mkwama, une agricultrice de 50 ans, a vu ses revenus passer de 245 à 1 300 dollars en pleine saison grâce à la vente d’avocats. Cependant, ce succès n’est pas uniforme. D’autres agriculteurs, comme son voisin Peter Clavery Luanda, se plaignent du manque d’accès au marché, voyant leurs fruits pourrir sur pied faute d’acheteurs.
Cette initiative locale s’inscrit dans un contexte de crise continentale. Le rapport 2025 de l’Organisation Météorologique Mondiale sur l’état du climat en Afrique a alerté sur les dommages croissants causés par les sécheresses et les inondations. Pour des experts comme le professeur Pius Yanda de l’Université de Dar es Salaam, l’agroforesterie est une « voie d’adaptation puissante », mais elle doit être soutenue par des politiques structurelles.
À l’approche du prochain sommet de l’ONU sur le climat (COP30), son message aux dirigeants mondiaux est clair : « Les promesses mondiales ne signifient rien si les agriculteurs ne peuvent pas survivre ». Il appelle à des « financements réels pour l’adaptation » : systèmes d’irrigation, alertes précoces et, surtout, un accès juste aux marchés.

