Chaque année, à Addis-Abeba et à Bishoftu, près de 2 millions d’Oromos se rassemblent pour célébrer Irreecha, un festival de gratitude dédié à Waaqa, leur divinité. Vêtus de blanc, ils lancent fleurs et herbes dans l’eau, priant pour la paix, l’amour et la fertilité.
Pour Legesse Addisalem, aîné venu de Sebeta : « Nous prions pour la paix non seulement en Éthiopie, mais en Afrique et dans le monde entier. » Ce geste symbolique dépasse le simple rituel religieux : il incarne la mémoire d’un peuple longtemps marginalisé, de l’époque d’Emperor Menelik II jusqu’au régime Derg, qui avait interdit l’expression culturelle Oromo pendant près de 150 ans.
Umer Ali, 60 ans, vêtu de son costume traditionnel, souligne : « Aujourd’hui, nous célébrons Irreecha librement grâce aux réformes engagées il y a six ans par le Premier ministre Abiy Ahmed. »
Une Fête qui Unit et Inspire
Irreecha n’est pas qu’un rituel : c’est un événement communautaire qui rassemble tous les clans Oromo et renforce les liens sociaux. Robiya Bimam, 35 ans, hôtelière à Addis-Abeba, déclare :
Irreecha unit les Oromos, clans et cœurs.
Les touristes, comme James Jordan des États-Unis, sont fascinés par la richesse culturelle et la ferveur populaire.
Le festival célèbre également la résilience : après avoir été réprimé et interdit pendant des décennies, il a été officiellement relancé dans les années 1990, et représente aujourd’hui un symbole de renaissance culturelle pour la communauté Oromo.
2016 : le Traumatisme Et les Leçons
Cependant, Irreecha n’a pas toujours été synonyme de joie. En 2016, lors d’une édition à Bishoftu, un rassemblement de 2 millions de participants dégénéra après des chants anti-gouvernementaux. La répression des forces de sécurité provoqua un stampede qui fit plus de 50 morts et 140 blessés.
Ce traumatisme historique a contribué à l’émergence d’Abiy Ahmed, le premier Premier ministre Oromo, en 2018 (AP). Son accession au pouvoir a renforcé l’empowerment culturel de la communauté, mais certaines voix dénoncent une inaction persistante : « Malgré les sacrifices de plusieurs générations, de nombreuses causes Oromo sont encore négligées sous l’administration actuelle ».
| Indicateur | Valeur Actuelle | Impact | Source |
| Participants Irreecha 2025 | 2 millions | À Addis Ababa | AP |
| Morts Irreecha 2016 | 50 | Stampede réprimé | HRW |
| Population Oromo (%) | 33 % | 40 millions | Wikipedia |
| Critiques Abiy chez Oromos (%) | 70 % | Inaction perçue | Borkena |
Légende
Irreecha et tensions oromo, 2025. Source : AP, HRW, Wikipedia, Borkena.
Renaissance et Défis contemporains
En 2025, l’Irreecha s’est tenu sous haute sécurité après l’ombre de 2016. Les armes ont été bannies, les forces de sécurité renforcées, afin d’assurer la tranquillité des festivités. La fête coïncide cette année avec l’inauguration du barrage Grand Renaissance, symbole de fierté nationale et de prospérité.
Pour certains Oromos, Irreecha représente un espace de dialogue entre mémoire et modernité. Yosuf Robie, habitant d’Addis-Abeba, affirme : « Nous avons hérité de cette culture de nos ancêtres, et nous devons la promouvoir et la transmettre aux générations futures. »
Mais les critiques persistent : selon Borkena, 70 % des Oromos estiment que le gouvernement n’a pas répondu aux attentes liées aux injustices historiques et aux besoins de reconnaissance culturelle. L’Irreecha 2025, bien que pacifique, masque-t-il certaines fractures sociales.
Irreecha : Mémoire, Culture et Avenir
Irreecha illustre l’équilibre entre célébration, conscience sociale et résilience culturelle. C’est un moment où traditions millénaires, héritage historique et enjeux politiques contemporains se rencontrent, offrant à la communauté Oromo l’occasion de revendiquer son identité tout en sensibilisant à l’importance de la paix et de l’unité.
Le festival montre aussi que la culture peut être un levier pour la cohésion sociale et le développement touristique. Mais sa pérennité dépend de la capacité des autorités et des leaders communautaires à transformer ces rassemblements en véritables piliers de dialogue inclusif, garantissant à la fois liberté culturelle et sécurité pour tous.
Irreecha est ainsi plus qu’un festival : c’est le reflet d’un peuple qui, entre mémoire et modernité, cherche à célébrer sa gratitude tout en construisant un avenir harmonieux et uni.

