À six mois du coup d’envoi de la Coupe du monde 2026, une décision politique américaine vient jeter une ombre sur la fête du football. Un décret signé le 16 décembre 2025 par le président Donald Trump pourrait empêcher des milliers de supporters sénégalais et ivoiriens d’assister aux matchs disputés aux États-Unis, l’un des trois pays hôtes du tournoi aux côtés du Canada et du Mexique.
Un décret aux Conséquences sportives Directes
Intitulé « Restreindre et limiter l’entrée des ressortissants étrangers pour protéger la sécurité des États-Unis », le texte suspend l’octroi de visas touristiques aux ressortissants du Sénégal et de la Côte d’Ivoire à compter du 1er janvier 2026. Concrètement, les supporters de ces deux nations qualifiées pour le Mondial ne pourront pas se rendre sur le sol américain pour assister aux rencontres.
Des exemptions existent, mais elles restent strictement encadrées : joueurs, membres des staffs techniques, familles proches, diplomates et personnes dont l’entrée est jugée conforme aux « intérêts nationaux » des États-Unis. Les supporters, eux, n’entrent pas dans ce périmètre.
La sécurité Nationale comme Justification
L’administration Trump justifie cette mesure par les taux de dépassement de visas. Selon le département américain de la Sécurité intérieure, le Sénégal afficherait un taux de 4,30 % pour les visas touristiques et de 13,07 % pour les visas étudiants. La Côte d’Ivoire présente des chiffres encore plus élevés, avec respectivement 8,47 % et 19,09 %. Des statistiques qui, aux yeux de Washington, légitiment un durcissement migratoire.
Le Sénégal et la Côte d’Ivoire rejoignent ainsi l’Iran et Haïti parmi les pays qualifiés pour la Coupe du monde soumis à des restrictions d’entrée, dans la continuité d’un premier travel ban instauré dès juin 2025.
Le Canada, Seule échappatoire Partielle
Le calendrier de la compétition offre toutefois une issue limitée. Certaines rencontres sont programmées au Canada, hors du champ d’application du décret américain. La Côte d’Ivoire affrontera notamment l’Allemagne à Toronto le 20 juin, tandis que le Sénégal jouera son troisième match de poule, également à Toronto, le 26 juin.
En revanche, la majorité des matchs des Lions de la Téranga et des Éléphants se dérouleront aux États-Unis, notamment au MetLife Stadium du New Jersey ou à Philadelphie, rendant impossible la présence d’une grande partie de leurs supporters.
Une Mise en œuvre Encore floue
Andrew Giuliani, directeur exécutif du groupe de travail de la Maison Blanche sur la Coupe du monde 2026, a rappelé dans les colonnes du New York Times que « chaque décision de visa est une décision de sécurité nationale ». Il a confirmé les exemptions pour les équipes et leurs entourages, sans toutefois préciser comment seront traitées les demandes de supporters issus des pays concernés.
Cette incertitude est renforcée par l’annonce récente d’un système de visas accéléré pour les détenteurs de billets du Mondial. Son articulation avec les restrictions imposées reste, à ce stade, inconnue.
Une contradiction Avec la position de la FIFA
Cette politique restrictive entre en tension avec les engagements passés de la FIFA. En 2017, son président Gianni Infantino affirmait qu’« il n’y a pas de Coupe du monde si les équipes, les officiels et les supporters ne peuvent pas accéder au pays hôte ».
Un paradoxe renforcé par le fait que la FIFA a récemment décerné à Donald Trump le tout premier FIFA Peace Prize, saluant un leadership censé « rassembler les peuples par le football ».
Indignation et Inquiétudes en Afrique de l’Ouest
Les organisations de défense des droits des migrants dénoncent une mesure jugée discriminatoire et déconnectée des enjeux sportifs. À Dakar comme à Abidjan, la décision suscite incompréhension et colère. Elle intervient dans un contexte déjà tendu, après le refus de visas opposé récemment à plusieurs membres de l’équipe nationale féminine sénégalaise de basketball.
Au-delà du cas sénégalais et ivoirien, le décret élargit les restrictions de voyage à 39 pays, dont de nombreux États africains, illustrant une approche sécuritaire qui risque de transformer la Coupe du monde 2026 en un tournoi à géométrie variable pour les supporters.
Un Mondial sous tension Politique
Alors que la Coupe du monde se veut un événement universel, cette décision américaine pose une question centrale : peut-on célébrer le football mondial en excluant une partie de ceux qui lui donnent sa ferveur ? Pour les supporters sénégalais et ivoiriens, le rêve américain du Mondial 2026 pourrait bien s’arrêter aux frontières.

