À Madagascar, des rituels funéraires complexes continuent d’être largement pratiqués. Une récente observation du « famadihana » par le journaliste John McDermott de The Economist met en lumière le paradoxe économique qu’il représente. Une seule de ces cérémonies, où les corps des ancêtres sont exhumés pour être honorés, peut coûter de quelques centaines à plusieurs milliers de dollars, une somme colossale dans un pays où le PIB par habitant nominal, selon la Banque Mondiale, avoisinait les 550 dollars en 2023. Cette dépense considérable, financée par l’épargne de toute une vie (souvent sous forme de zébus) ou des tontines, soulève des questions sur le lien entre ces pratiques culturelles et la pauvreté endémique de l’île.
Cette pression économique liée aux rites n’est pas un cas isolé. Des dépenses funéraires importantes sont observées dans d’autres régions du monde, comme au Ghana. Mais à Madagascar, elles sont perçues comme un investissement social essentiel. « Le famadihana n’est pas une dépense, c’est un acte qui recrée et renforce les liens familiaux et communautaires sur plusieurs générations », explique un anthropologue de l’Université d’Antananarivo. « C’est un pilier de la cohésion sociale ». Dans le sud de l’île, cette logique est poussée à l’extrême, où des familles abattent des dizaines de zébus – leur principal capital – pour les funérailles.
Le famadihana n’est pas une dépense, c’est un acte qui recrée et renforce les liens familiaux et communautaires sur plusieurs générations.
Ce phénomène s’inscrit dans le contexte d’une stagnation économique quasi unique au monde. Une analyse de la Banque Mondiale, souvent citée, indique que le PIB réel par habitant de Madagascar est aujourd’hui plus faible qu’en 1960. Si la Banque souligne l’absence de guerre civile majeure, elle pointe l’impact dévastateur des crises politiques récurrentes (comme celle de 2009) sur l’économie. Les raisons structurelles sont multiples : isolement géographique, dépendance aux matières premières et faiblesse de la gouvernance.
Face à l’ampleur des dépenses rituelles, certains observateurs, comme l’écrivain John Gimlette, avancent l’hypothèse d’une « raison culturelle » à cette pauvreté, suggérant une priorisation de l’au-delà. D’autres, comme le journaliste John McDermott, nuancent fortement cette vision, se demandant si cet accent mis sur l’au-delà n’est pas plutôt une conséquence de la pauvreté endémique et du manque de perspectives, plutôt qu’une de ses causes. Le débat reste ouvert, illustrant la complexité des interactions entre culture, capital social et développement économique.
