Des millions de titres accessibles en un clic. Des genres venus du monde entier. Et pourtant… nous écoutons tous la même chose.
Selon une étude de MusicWatch, 76 % des playlists contiennent les mêmes dix chansons. Derrière la promesse d’un océan musical infini, c’est la standardisation qui s’impose.
Entre TikTok, les algorithmes de Spotify et les playlists “tendances”, la musique est devenue un produit comme un autre, calibré pour plaire vite, fort et souvent. Mais à force de chercher l’immédiat, avons-nous perdu le goût de l’exploration ?
L’Illusion du Choix
Les plateformes nous vendent la liberté musicale totale. En réalité, elles nous enferment dans une bulle sonore.
Spotify, Apple Music ou Deezer ne se contentent pas de recommander : ils façonnent nos préférences. Les morceaux mis en avant sont sélectionnés selon nos écoutes précédentes, nos horaires ou même notre localisation.
Résultat : l’auditeur croit choisir, mais il ne fait souvent que valider ce que la plateforme a prédit pour lui. La découverte devient rare — à peine 12 % des utilisateurs explorent un nouvel artiste chaque semaine.
Les Algorithmes, Nouveaux chefs d’Orchestre
En 2025, plus de 80 % des écoutes sur Spotify proviennent de playlists automatisées.
Les algorithmes repèrent nos “pics émotionnels”, ajustent le tempo, le style, voire les transitions pour maintenir notre attention. C’est de la musique de précision — mais sans surprise.
Ces outils, conçus à l’origine pour aider, deviennent des filtres invisibles. Ils privilégient la rentabilité (les titres qui génèrent le plus d’écoutes) plutôt que la curiosité. Résultat : les artistes indépendants et les musiques locales sont relégués à la marge.
Le Syndrome du “Safe sound”
Notre cerveau adore la familiarité. Selon des chercheurs de Harvard, écouter une chanson déjà connue augmente la production de dopamine de 9 %.
Ce confort sonore, renforcé par les algorithmes, crée une dépendance douce. Nous revenons vers les mêmes refrains, les mêmes voix, les mêmes émotions.
En moyenne, un utilisateur n’ajoute que trois nouveaux morceaux par mois à ses playlists.
Les tendances virales amplifient le phénomène : une chanson populaire sur TikTok se retrouve automatiquement dans des milliers de playlists, peu importe sa qualité artistique.
Les Artistes émergents, les Grands oubliés
Dans cette mécanique de répétition, la diversité culturelle souffre.
Chaque jour, plus de 100 000 morceaux sont mis en ligne sur Spotify, mais moins de 1 % dépassent les 10 000 écoutes.
Les artistes africains, caribéens ou asiatiques peinent à émerger face à la domination anglo-saxonne et aux productions calibrées pour les plateformes.
Cette homogénéisation musicale efface peu à peu les identités sonores locales. Pourtant, des scènes comme l’afrobeats, le gqom sud-africain ou le maloya réunionnais prouvent que la musique du Sud a une énergie unique, encore trop peu mise en avant par les grands algorithmes.
La Revanche du Live
Face à la musique “prévisible”, le concert retrouve son pouvoir originel : celui de la surprise et de la communion.
Les festivals, cafés-concerts et petites scènes deviennent les refuges d’une diversité que le numérique oublie.
En 2024, les ventes de billets pour les concerts indépendants ont augmenté de 22 % dans les capitales africaines, signe d’un public en quête d’authenticité.
Sur scène, pas d’algorithme. Juste la sueur, la voix, la vibration du réel.
Et si on Redevenait Explorateurs ?
La curiosité musicale est une forme de liberté. Écouter un artiste inconnu, explorer un genre nouveau, se perdre dans un album du bout du monde : autant d’actes simples, mais aujourd’hui presque subversifs.
Redécouvrir la musique, c’est réapprendre à écouter sans cliquer sur “skip”.
