Une information explosive, d’abord publiée par un média israélien, a fait l’effet d’une bombe dans les chancelleries est-africaines : un accord secret serait en préparation pour relocaliser des Palestiniens de la bande de Gaza vers le Soudan du Sud. Le montage, digne d’un roman d’espionnage, impliquerait un financement israélien transitant par un État tiers pour convaincre Juba. Mais la réponse de la plus jeune nation du monde a été aussi rapide que cinglante : un démenti catégorique. Loin d’être un simple fait divers diplomatique, cet épisode met en lumière la fragilité et, paradoxalement, la volonté d’affirmation d’un État né dans la douleur. Il pose une question fondamentale : comment un pays luttant pour sa propre survie est-il devenu un pion potentiel dans le conflit le plus observé au monde ?
Une « offre » qui révèle les coulisses du conflit
La rumeur, si elle était avérée, soulèverait des questions éthiques et juridiques majeures. L’idée de « déplacer » une population en dehors de son territoire en échange d’une compensation financière a été immédiatement perçue comme une tentative d’externaliser les conséquences humaines de la guerre. Le fait que le Soudan du Sud ait été ciblé n’est pas anodin. Il s’agit d’un État aux ressources limitées, en proie à une instabilité chronique et donc potentiellement perçu comme plus influençable. Le silence sur l’identité du « tiers » qui aurait servi d’intermédiaire ajoute une couche de mystère, mais pointe vers un jeu d’influence complexe où les nations africaines sont parfois vues comme de simples variables d’ajustement stratégique.
Juba siffle la fin de la spéculation
La réaction du gouvernement sud-soudanais, via son ambassade au Kenya, a été sans équivoque. Dans un communiqué officiel, le pays a « catégoriquement » rejeté l’existence de telles discussions. Plus important encore, le démenti ne s’est pas contenté de nier les faits ; il a été accompagné d’un argumentaire politique solide. Juba a rappelé son attachement au droit international et à la solution à deux États, affirmant que les Palestiniens ont le « droit de vivre sur leur terre ancestrale ». En se positionnant sur le terrain des principes, le Soudan du Sud a refusé le rôle de simple prestataire de services humanitaires pour se draper dans celui d’un acteur souverain qui a une lecture politique du dossier.
Pourquoi le Soudan du Sud ne peut être une terre d’accueil
Au-delà de la politique, la réalité socio-économique du pays rendait l’hypothèse absurde. Le communiqué du gouvernement le souligne avec force : le Soudan du Sud fait déjà face à une crise humanitaire massive, exacerbée par le conflit voisin au Soudan. Le pays compte des millions de personnes déplacées à l’intérieur de ses propres frontières et peine à gérer l’afflux de centaines de milliers de réfugiés fuyant les combats à sa porte. Suggérer que Juba puisse, dans ces conditions, accueillir et prendre en charge des réfugiés venus d’un autre continent relève de la pure fiction. Le pays manque des infrastructures, des ressources et de la stabilité nécessaires pour assurer sa propre cohésion, et encore moins pour absorber une nouvelle population en détresse.
Un démenti comme acte d’affirmation géopolitique
En définitive, ce « non » public et argumenté est peut-être l’acte de politique étrangère le plus significatif du Soudan du Sud depuis des années. En refusant d’être mêlé à un plan controversé, Juba envoie un message clair : sa souveraineté, bien que fragile, n’est pas à vendre. Pour un pays souvent défini par ses faiblesses, cette prise de position est un acte d’affirmation. Elle démontre une volonté de ne pas laisser son agenda dicter par des puissances extérieures, même face à des incitations financières potentielles. Cet épisode restera comme un cas d’école, illustrant comment même les États les plus vulnérables peuvent, par un acte de courage politique, refuser d’être les pièces d’un échiquier qui n’est pas le leur.

