Plusieurs pays africains, dont le Ghana, le Rwanda, le Soudan du Sud et l’Eswatini, ont récemment accepté d’accueillir sur leur sol des personnes expulsées des États-Unis qui ne sont pas leurs propres ressortissants. Selon une enquête du New York Times, cette vague d’accords bilatéraux s’inscrit dans une offensive diplomatique de l’administration Trump visant à externaliser sa politique de déportation massive. Ces arrangements, vivement critiqués par les organisations de défense des droits humains, soulèvent de graves questions au regard du droit international.
Selon plusieurs experts, la coopération de ces nations africaines s’explique par une intense pression de Washington. « Les pays y voient une opportunité de se mettre du bon côté de l’administration Trump », a déclaré Cameron Hudson, analyste au Center for Strategic and International Studies (CSIS), soulignant que l’administration américaine a clairement fait de ce sujet une priorité. La menace de nouvelles taxes douanières ou de restrictions de visa, comme un programme pilote de caution de 15 000 $ pour les visiteurs de certains pays, agirait comme un puissant levier de négociation.
Les motivations varient selon les pays. Le gouvernement du Ghana a justifié l’accueil de 14 migrants ouest-africains comme un acte de « solidarité panafricaine », bien que des analystes locaux y voient une manœuvre pour éviter d’être ciblé par les nouvelles restrictions de visa. Le Soudan du Sud, qui avait vu ses propres visas révoqués par Washington pour son refus de coopérer, aurait accepté 8 migrants de pays asiatiques et du Mexique afin « d’améliorer ses relations avec les États-Unis », selon un acteur de la société civile locale.
Ces accords sont unanimement dénoncés par les défenseurs des droits humains. Allan Ngari, de Human Rights Watch, a prévenu que « les gouvernements africains ne devraient pas faire le commerce de personnes en échange d’argent ou de concessions politiques ». Il cite le cas d’un homme bisexuel renvoyé en Gambie où il risque des persécutions, en violation du principe de non-refoulement. En Eswatini, un avocat des droits de l’homme, Sibusiso Nhlabatsi, a comparé la situation à un « enlèvement ou à de la traite d’êtres humains », dénonçant le transfert de personnes d’un État à un autre sans leur consentement.