Le plus grand gestionnaire d’actifs indépendant du Zimbabwe, Imara Asset Management, a lancé un avertissement sévère au gouvernement : son projet d’abandonner l’usage du dollar américain d’ici 2030 risque de « saborder le navire » et de compromettre la rare période de stabilité que connaît actuellement le pays.
Dans une note à ses clients, la société financière a souligné que « l’utilisation libre et généralisée du dollar dans l’économie », où il représente 85% des transactions, a rendu les choses « plus faciles pour les entreprises et les particuliers pour commercer et planifier ». Cette stabilité est alimentée par une hausse de la production d’or, des prix du platine fermes, une récolte de tabac record et des transferts de fonds croissants de la diaspora. Elle se reflète dans la bonne santé des entreprises, une hausse de 45% de la bourse de Victoria Falls et un boom immobilier.
Une utilisation libre et généralisée du dollar dans l’économie a rendu les choses plus faciles pour les entreprises et les particuliers pour commercer et planifier.
Shelton Sibanda & John Legat, Imara Asset Management
Cette alerte fait écho aux préoccupations exprimées récemment par le Fonds Monétaire International (FMI), qui a également demandé à Harare de clarifier sa stratégie de dédollarisation. Le nouveau dollar zimbabwéen, le ZiG, lancé en avril 2024, a montré une relative stabilité, mais reste marginalement utilisé, la confiance du public restant solidement ancrée dans le billet vert.
Les analystes d’Imara soulignent que la « fragilité demeure ». La stabilité actuelle est menacée par une dette publique insoutenable, estimée à 21 milliards de dollars, qui prive le pays d’accès aux financements internationaux depuis son défaut de paiement en 1999. Les pressions budgétaires sont telles que le Trésor a été contraint le mois dernier d’ordonner des coupes dans les dépenses des ministères. Pour de nombreux acteurs économiques, abandonner le dollar dans un contexte aussi précaire serait un pari extrêmement risqué.

