Au Sénégal, chacun connaît le gombo — ce légume vert et délicatement gluant qui parfume la fameuse soupe kandia. Mais depuis peu, il quitte les casseroles pour s’inviter dans un univers inattendu : celui des cosmétiques.
Ce qui n’était qu’un produit du quotidien se transforme aujourd’hui en un ingrédient tendance, précieux, presque luxueux. À Dakar, une entreprise pionnière en a fait un véritable “or vert”.
Dans le Laboratoire où naît la Beauté
Le soleil tape encore sur la ville lorsque l’on franchit la porte du laboratoire de Trésors d’Afrique. À l’intérieur, le contraste est saisissant : silence feutré, lumière blanche, gestes précis. Les employées en blouse immaculée ont des allures de chercheuses déterminées, concentrées sur leurs mélanges et formulations.
Ici, tout commence. Nous améliorons nos produits, nous en créons de nouveaux… C’est un lieu d’expérimentation permanente.
Ndeye Thiaba Diouf, directrice des opérations
La marque a fait le choix de travailler avec les richesses locales : aloe vera, bissap, karité… et désormais, gombo. Ce dernier, si familier en cuisine, révèle dans ces cuves de laboratoire des propriétés que peu soupçonnaient.
Le mucilage de Gombo, un trésor Insoupçonné
Dans la salle d’émulsion, l’odeur fraîche du gombo emplit la pièce. Ndeye Ndiapaly Diouf manipule le légume comme un chef manipulerait un ingrédient rare. Elle en extrait doucement un jus épais, soyeux.
« Le mucilage de gombo, c’est notre star », confie-t-elle. « Il hydrate en profondeur et possède un incroyable pouvoir anti-âge. À partir de 25 ans, la peau perd progressivement son collagène. Le gombo aide à combler ce manque. »
Intégré aux crèmes, sérums ou shampoings, il devient un actif naturel puissant, sans artifice. Un secret ancestral, redécouvert grâce à la science.
Un trésor connu Ailleurs avant de l’être chez Soi
Paradoxalement, c’est hors du Sénégal que ces produits trouvent leurs plus fidèles clients. Sur les 27 000 articles vendus chaque année, la majorité part vers l’étranger : expatriés, diasporas, amateurs de cosmétique naturelle.
« Notre marque est plus connue à Paris ou à Montréal qu’à Dakar… Pour l’instant », glisse Ndeye Ndiapaly Diouf. Une campagne marketing d’envergure est d’ailleurs en préparation pour conquérir enfin le public sénégalais, encore peu informé des vertus de ce légume qu’il consomme pourtant quotidiennement.
Une nouvelle Voie pour les Producteurs
L’engouement cosmétique autour du gombo pourrait également transformer le quotidien de nombreux agriculteurs. À Thiès, Mamour Gueye en mesure déjà les effets. Lui qui exporte depuis des années sait combien l’exportation peut être exigeante : délais serrés, risques de noircissement, réclamations…
« Vendre localement est bien plus simple et plus rentable », explique-t-il. « Si des entreprises transforment le gombo ici même, c’est un vrai soulagement pour nous. Tout ne peut pas partir à l’export. »
La cosmétique ouvre ainsi un deuxième débouché, plus stable, pour cette culture largement implantée.
Un marché Cosmétique africain en Effervescence
Ce mouvement intervient dans un contexte où le marché africain de la beauté connaît une croissance spectaculaire. Estimé à 3,87 milliards de dollars en 2024, il pourrait atteindre plus de 7 milliards en 2033. Une progression portée par une jeunesse connectée, des exigences accrues en matière de qualité, et un intérêt grandissant pour les ingrédients naturels et locaux.
Dans cette dynamique, le gombo n’est plus un simple légume : il devient une matière première stratégique.
De la Cuisine à la Cosmétique : une Renaissance
Ce que révèle cette transformation, ce n’est pas seulement la valeur du gombo. C’est tout un écosystème qui se réinvente. Des scientifiques qui innovent, des agriculteurs qui diversifient leurs revenus, des consommatrices qui redécouvrent un patrimoine, et une industrie qui s’affirme.
Du fond des marmites à la pointe des laboratoires, le gombo illustre une tendance profonde : la réinvention des savoirs africains pour créer une beauté authentique, durable, enracinée. Une beauté qui puise dans la nature, dans les traditions, et dans l’ingéniosité locale.
Le nouvel or vert du Sénégal n’a pas fini de surprendre.
