À Sfax, Amal, 34 ans, observe les margines – ces eaux usées issues de la production d’huile d’olive – s’écouler. « Avant, c’était un déchet polluant. Aujourd’hui, nos margines deviennent de l’or vert », témoigne-t-elle.
Son quotidien illustre une transformation majeure : la Tunisie, premier exportateur mondial d’huile d’olive biologique (40 % du marché bio mondial), ne se contente plus de produire. Elle innove pour donner une seconde vie à ses déchets.Chaque année, près d’un million de tonnes de margines saturent les sols et représentent jusqu’à 20 % de la pollution agricole. Désormais, grâce au projet euro-méditerranéen OLIWA, financé par l’Union européenne et coordonné par l’Université de Turin, ces résidus sont appelés à devenir une ressource à forte valeur ajoutée.
OLIWA : une Révolution Circulaire Méditerranéenne
Lancé en 2024, OLIWA réunit 25 partenaires issus de six pays méditerranéens – Italie, Espagne, Grèce, Turquie, Algérie et Tunisie. Son objectif est clair : réduire de 25 % le gaspillage alimentaire tout en valorisant les déchets oléicoles.
Les applications sont multiples :
- Biogaz : une tonne de margines peut produire 50 m³ d’énergie.
- Agroalimentaire : extraction de composants naturels pour additifs alimentaires.
- Élevage durable : nourrir des insectes avec les résidus pour produire des farines protéinées (+15 % de rendement).
- Emballages écologiques : matériaux biodégradables développés avec AIMPLAS, permettant déjà une baisse estimée de 30 % des importations de plastique.
En d’autres termes, chaque sous-produit devient une matière première, chaque déchet un vecteur de croissance.
Un Pari Stratégique Pour la Tunisie
Pour Tunis, cette stratégie est double :
- environnementale, car elle réduit l’impact écologique d’une filière qui pèse lourd sur les sols et les eaux ;
- économique, car elle ouvre de nouveaux marchés verts estimés à 500 millions USD dans le bassin méditerranéen et génère déjà plus de 1 000 emplois directs.
Dr. Khaled Hachicha, chercheur tunisien, résume : « L’innovation sauve nos terres. »
| Indicateur | Valeur Actuelle | Impact | Source |
| Export huile bio (tonnes) | 250 000 | 40 % mondial | Tap Info |
| Margines polluantes (tonnes) | 1 million | 20 % pollution | FAO |
| Réduction gaspillage (%) | 25 | Via OLIWA | Business News |
| Biogaz (m³/tonne) | 50 | Énergie verte | Tunisie Numérique |
Légende
Valorisation déchets olive, Tunisie 2025. Source : Tap Info, FAO, Business News, Tunisie Numérique.
Mais des Défis restent à Relever
L’adoption locale demeure limitée : seuls 10 % des agriculteurs se sont engagés dans ces nouveaux modèles. Les coûts restent un frein : construire une usine de traitement des margines exige près de 2 millions USD, une somme inaccessible pour la majorité des producteurs.
De plus, 80 % du budget d’OLIWA repose encore sur des financements européens, une dépendance qui interroge sur la pérennité du modèle.
Fatma, oléicultrice, plaide : « L’innovation doit atteindre tous les fermiers. Sans subventions et formation, ce sera impossible. »
Entre Tradition et Futur Durable
L’huile d’olive tunisienne, autrefois perçue uniquement à travers son arôme et sa qualité, devient désormais le symbole d’un modèle agricole circulaire.
Ce virage illustre une conviction : l’avenir de l’or vert tunisien ne se joue pas seulement dans les exportations, mais dans la capacité à réinventer toute la chaîne de valeur.
La Tunisie a choisi de lier tradition et innovation, ancrant son identité agricole dans une économie plus verte, inclusive et compétitive. Un pari qui, s’il réussit, fera école bien au-delà de la Méditerranée.

