Huit ans après la chute de son « califat » autoproclamé en Irak et en Syrie, l’État Islamique (EI) est loin d’avoir été vaincu. C’est le constat alarmant dressé par les experts du contre-terrorisme des Nations Unies lors d’une réunion du Conseil de Sécurité ce mercredi. Le groupe a muté, se transformant d’une entité quasi-étatique en une insurrection mondiale plus décentralisée, plus technologique, et qui a fait de l’Afrique son principal champ de bataille.
L’Afrique, Nouveau Centre de Gravité du Djihad Global
Le rapport des experts de l’ONU est sans équivoque : le centre de gravité de l’EI s’est déplacé. « Le continent africain subit plus de la moitié des décès dus au terrorisme dans le monde », a déclaré Natalia Gherman, chef du comité contre le terrorisme de l’ONU. Cette statistique tragique est le résultat direct de la capacité de l’EI à « exploiter l’instabilité ». Vladimir Voronkov, chef du Bureau de lutte contre le terrorisme de l’ONU, a identifié une « résurgence » de l’activité du groupe au Sahel (Burkina Faso, Mali, Niger) et en Afrique de l’Ouest, où l’EI est devenu un « producteur prolifique de propagande terroriste » attirant des combattants de toute la région. Cette expansion est alimentée par des réseaux logistiques et financiers, notamment depuis la Libye, et par un soutien étranger en argent, en drones et en expertise pour la fabrication d’engins explosifs improvisés dans la région du Lac Tchad.
Une Menace Persistante du Levant à l’Asie Centrale
Si l’Afrique est le nouvel épicentre, la menace demeure globale. En Irak et en Syrie, l’EI exploite les « vides sécuritaires » pour mener des opérations clandestines et attiser les tensions sectaires, notamment dans le désert de la Badiya. En Afghanistan, sa filiale, l’État Islamique-Khorasan (EI-K), « continue de représenter l’une des menaces les plus sérieuses pour l’Asie centrale et au-delà », ciblant les civils et les ressortissants étrangers. Cette branche est particulièrement active en ligne, utilisant des « tactiques de propagande et des campagnes en ligne » pour recruter et lever des fonds jusqu’en Europe.
La Mutation Technologique : L’IA et le Financement Numérique
L’une des évolutions les plus inquiétantes soulignées par les experts est l’adaptation technologique du groupe. L’EI utilise désormais des « technologies avancées, y compris l’intelligence artificielle, et les médias sociaux », ce qui pose un « nouveau défi ». Natalia Gherman a souligné que si l’IA est « exploitée pour amplifier la portée et l’impact du groupe », elle peut aussi aider les États à perturber leurs activités. Parallèlement, le financement a également migré en ligne. Elisa De Anda Madrazo, présidente du Groupe d’action financière (GAFI), a averti que les « plateformes numériques telles que les médias sociaux, les applications de messagerie et les systèmes de crowdfunding sont de plus en plus détournées pour le financement du terrorisme ».
En conclusion, le rapport de l’ONU dresse le portrait d’un ennemi qui a changé de visage. Le califat territorial a disparu, mais l’idéologie et le réseau se sont métastasés. L’État Islamique est devenu une franchise terroriste globale, experte dans l’exploitation des failles de gouvernance locales et des outils de la modernité. La lutte contre ce fléau exige désormais.
