Face à la dégradation sécuritaire et logistique au Mali, l’annonce du groupe CMA CGM avait fait l’effet d’une bombe. Le troisième armateur mondial avait déclaré, en début de semaine, la suspension « jusqu’à nouvel ordre » des transports terrestres vers Bamako, invoquant des raisons d’insécurité et de pénurie de carburant. Mais, retournement de situation ce jeudi 6 novembre : l’entreprise française est finalement revenue sur sa décision, rassurant ses partenaires économiques et les autorités maliennes.
Un revirement Stratégique
C’est après plusieurs réunions de concertation, notamment avec le ministère malien des Transports, que CMA CGM a annoncé la reprise de ses opérations. Le groupe, qui achemine environ 30 % des importations maliennes, a reconnu l’importance de maintenir ses flux logistiques dans un pays enclavé et dépendant de ses voisins côtiers pour l’approvisionnement.Les corridors reliant Bamako aux ports d’Abidjan (Côte d’Ivoire), de Dakar (Sénégal), de Tema (Ghana) et de Conakry (Guinée) restent essentiels pour la survie économique du pays. Mais ces routes sont aujourd’hui menaçantes et coûteuses. L’insécurité y est omniprésente, alimentée par les attaques du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), principal réseau djihadiste opérant dans le Sahel. Ces actions armées, associées à une pénurie de carburant aggravée, avaient poussé CMA CGM à envisager un retrait temporaire.
La pression Économique et Politique
Même si la suspension initiale ne concernait qu’une part limitée des opérations du groupe — les contrats combinant transport maritime et terrestre vers Bamako —, la décision envoyait un signal alarmant. Pour un pays déjà affaibli par les sanctions économiques et les tensions diplomatiques régionales, voir un acteur de cette envergure se désengager partiellement aurait pu aggraver l’asphyxie commerciale.
Le gouvernement malien a donc réagi rapidement. En recevant les représentants du groupe, le ministère des Transports a multiplié les garanties afin de maintenir le flux des marchandises, crucial pour éviter la pénurie de biens essentiels et la flambée des prix à Bamako.
Même si aucune garantie officielle n’a été rendue publique, le dialogue a permis d’obtenir un compromis : CMA CGM continuera à assurer ses convois vers la capitale malienne.
Un Symbole pour la Logistique africaine
Au-delà du cas malien, cet épisode illustre les fragilités structurelles de la logistique en Afrique de l’Ouest. Les corridors terrestres, souvent les seules artères d’approvisionnement pour les pays enclavés, sont soumis à des risques sécuritaires, politiques et climatiques croissants. Pour les acteurs internationaux comme CMA CGM, chaque trajet devient un pari économique et humain.
En décidant de maintenir ses routes, le groupe envoie un signal de résilience et de confiance, tout en rappelant que la logistique n’est pas qu’une question de transport : c’est une question de survie économique.
