Coupés d’une grande partie des marchés internationaux de la dette, les gouvernements d’Afrique subsaharienne se tournent de plus en plus vers leurs banques locales pour combler leurs déficits. Mais ce repli sur le financement intérieur n’est pas sans risque, a averti le Fonds Monétaire International (FMI) ce jeudi, dans ses « Perspectives Économiques Régionales ».
Selon l’institution basée à Washington, cette nouvelle dette publique nationale est « nettement plus coûteuse que l’emprunt extérieur ». Plus grave encore, cette forte dépendance à l’égard des banques locales crée un « effet d’éviction » qui asphyxie le secteur privé, les banques préférant prêter à l’État plutôt qu’aux entreprises. Le FMI note que les détentions de dette souveraine par les banques nationales « sont importantes et augmentent plus vite en Afrique subsaharienne que dans le reste du monde ».
Environ la moitié de la dette publique totale est due aux banques nationales.
Abebe Aemro Selassie, Directeur du Département Afrique, FMI
Le FMI met en garde contre un « cercle vicieux potentiel » où l’affaiblissement des finances publiques menace la solidité même des banques, ce qui freine à son tour le crédit et aggrave le stress budgétaire.
Abebe Aemro Selassie, le directeur du département Afrique du FMI, a qualifié cette tendance d' »arme à double tranchant » lors d’une interview avec Reuters. Si, fondamentalement, la capacité d’un pays à emprunter dans sa propre monnaie est un signe positif, un « endettement intérieur excessif » peut « créer des problèmes dans le secteur bancaire » si l’État peine à rembourser.
Le rapport appelle les pays à renforcer leurs cadres de gestion de la dette et à améliorer la transparence des données pour attirer des investissements à long terme, tout en tempérant les attentes envers les financements « innovants » comme le « blended finance » ou les échanges de dette contre nature, qui restent marginaux (environ 6 milliards de dollars par an).
