Symbole d’espoir et de prospérité pour des millions de producteurs africains, le coton, souvent appelé l’or blanc, traverse aujourd’hui une zone de turbulences. Entre pressions internationales, concurrence féroce et manque de transformation locale, la filière se bat pour ne pas être reléguée au second plan de l’économie mondiale.
Une filière Bousculée par la Géopolitique mondiale
Le coton africain n’échappe pas aux remous d’un monde économique incertain. Après avoir longtemps profité de sa réputation de qualité, il voit aujourd’hui ses marges s’éroder sous la pression des grands exportateurs. Les droits de douane instaurés par Washington, la guerre commerciale sino-américaine et le ralentissement de la consommation textile aux États-Unis créent un effet domino qui atteint directement les producteurs africains.
On dit que les pays n’ont pas d’amis, mais des intérêts . Si c’est l’intérêt des pays asiatiques de se tourner vers le coton américain pour avoir la paix, ils le feront, et ce sera dommage pour notre coton.
Kassoum Koné, président de l’Association cotonnière africaine
Cette réalité résume la situation : face à des acteurs puissants, mieux organisés et soutenus par des politiques publiques, le coton africain se retrouve isolé, livré aux fluctuations du marché.
Le modèle Béninois : Produire et Transformer localement
Pour échapper à cette dépendance, la clé semble résider dans la transformation locale. Le Bénin en donne l’exemple. Premier producteur africain de coton, il a lancé une politique ambitieuse de valorisation nationale, misant sur les filatures, les tissages et la création d’emplois à forte valeur ajoutée.
Il faut qu’on arrête les grands discours. On doit penser à la filature locale, qui va être une alternative au problème de commercialisation que nous connaissons.
Kassoum Koné
Les premiers projets de transformation voient le jour un peu partout sur le continent — au Mali, au Burkina Faso, au Tchad ou encore à Madagascar — mais ils ne couvrent encore qu’un infime pourcentage de la production. Les volumes exportés restent bruts, donc à faible rentabilité.
Face au Brésil, la Bataille du Rendement
À cette fragilité structurelle s’ajoute la concurrence du Brésil, dont la production a explosé ces dernières années. Avec ses vastes exploitations mécanisées et ses coûts maîtrisés, le géant sud-américain tire les prix mondiaux vers le bas. Résultat : ce qui reste supportable pour un producteur brésilien devient un casse-tête pour une société cotonnière africaine, dont la rentabilité repose sur un équilibre précaire.
Lors de la dernière réunion de l’Afcot, à Deauville, Kassoum Koné a martelé le message :
Il faut qu’on mette en avant ce que l’on a de mieux : la qualité et le rendement. C’est sur nos propres forces qu’il faut compter, sinon ces difficultés ponctuelles finiront par nous désavantager durablement.
Un coton Vertueux à Défendre
Le paradoxe est saisissant : alors que la demande mondiale pour des produits durables augmente, le coton africain — cultivé sans irrigation massive, cueilli à la main, et faiblement dépendant des intrants chimiques — peine à valoriser ses atouts écologiques.
Pour Mambo Commodities, négociant en coton, il y a urgence. Dans une note datée du 13 octobre 2025, l’entreprise alerte :
Il est inimaginable que l’un des cotons les plus vertueux pour l’environnement disparaisse au profit de productions plus néfastes pour la planète. L’Europe ne peut se soustraire à son obligation morale d’intervenir sans tarder.
L’enjeu est donc aussi politique et environnemental. Sauver le coton africain, c’est préserver une agriculture familiale, un savoir-faire ancestral et une économie vitale pour des millions de foyers.
Vers un Nouvel avenir de l’Or blanc
Au-delà des discours, la survie du coton africain dépendra de sa capacité à s’adapter : miser sur la transformation locale, renforcer la qualité, développer des labels durables et diversifier les débouchés. L’Afrique a déjà démontré qu’elle pouvait être innovante dans l’agro-industrie. Il ne lui manque plus qu’un peu de volonté politique et d’audace collective pour redonner à son or blanc tout son éclat.

