C’est un symbole puissant de l’intégration régionale et de l’ambition industrielle de l’Afrique de l’Est. Ce dimanche, à Tororo en Ouganda, les présidents William Ruto (Kenya) et Yoweri Museveni (Ouganda) ont posé la première pierre d’une méga-usine sidérurgique du groupe Devki. Avec un investissement de 550 millions de dollars (2 000 milliards de shillings ougandais), ce projet ne vise pas seulement à produire de l’acier ; il ambitionne de combler le vide laissé par le déclin de la production en Afrique australe et de mettre fin à la coûteuse dépendance aux importations.
Un Nouveau Géant pour Remplacer l’Ancien ?
Le timing est stratégique. Le projet de Devki intervient alors que le géant historique du secteur, ArcelorMittal South Africa, a annoncé la fermeture progressive de ses opérations de produits longs à Newcastle, plombé par la crise économique et énergétique sud-africaine. L’usine de Tororo, qui utilisera la technologie des hauts-fourneaux (« blast furnace »), se positionne pour devenir la plus grande d’Afrique subsaharienne. Narendra Raval, le président du groupe Devki, affiche une ambition claire : « Ce projet réduira le déficit commercial de l’Ouganda de plus d’un milliard de dollars en arrêtant l’importation d’acier (…) et permettra l’exportation de plus de 4 milliards de dollars par an. » L’usine exploitera les immenses réserves de l’Ouganda, estimées à 500 millions de tonnes de minerai de fer, transformant une richesse brute en produits finis à haute valeur ajoutée.
La Demande Explose : Logements et Stades
Cette offre répond à une soif d’acier insatiable dans la région. Selon la World Steel Association, la demande en Afrique devrait passer de 39 millions de tonnes en 2024 à 52 millions en 2034. En Afrique de l’Est, deux moteurs tirent cette croissance :
- Les Infrastructures Sportives : La candidature conjointe « Pamoja » du Kenya, de l’Ouganda et de la Tanzanie pour la CAN 2027 (Coupe d’Afrique des Nations) a déclenché une vague de construction et de rénovation de stades, très gourmande en acier.
- L’Urbanisation : Le programme de « logement abordable » du président kényan Ruto nécessite des quantités massives de matériaux de construction à bas coût, que l’importation (taxée et soumise aux chocs logistiques) ne peut fournir durablement.
L’Industrialisation comme Réponse au Déficit
Pour l’Ouganda, qui dépense actuellement 840 millions de dollars par an pour importer de l’acier, l’usine est une bouffée d’oxygène pour la balance des paiements et l’emploi (15 000 postes annoncés). C’est l’exemple type de la stratégie d’industrialisation par substitution aux importations que prônent les institutions panafricaines. En connectant les ressources minérales de l’Ouganda aux besoins de construction du Kenya et de la Tanzanie, ce projet dessine les contours d’une Afrique de l’Est.
