Ce mardi 11 novembre 2025 restera gravé dans l’histoire économique de la Guinée. Après des décennies d’attente, le pays a officiellement lancé l’exploitation du gisement de fer de Simandou, considéré comme l’un des plus vastes et des plus purs au monde.
Sous le soleil du port de Morébaya, au sud de Conakry, la cérémonie d’inauguration a réuni le président Mamadi Doumbouya, entouré de ses homologues gabonais et rwandais, Brice Clotaire Oligui Nguema et Paul Kagamé. Les premières tonnes de minerai prêtes à l’exportation symbolisent bien plus qu’un simple démarrage industriel : elles incarnent un rêve national longtemps différé.
“Le rêve de plusieurs générations de Guinéens se concrétise”, a souligné le ministre des Transports Ousmane Gaoual Diallo, rappelant que l’enjeu dépasse l’extraction du minerai pour toucher à la transformation structurelle du pays.
Simandou, le Géant Endormi
Découvert dans les années 1990 dans le sud-est montagneux du pays, le gisement de Simandou abrite plus de 2 milliards de tonnes de minerai de fer à haute teneur — un trésor qui, pendant des décennies, a suscité convoitises et conflits.
Les droits d’exploitation ont longtemps été bloqués par des litiges judiciaires, des soupçons de corruption et l’ampleur des investissements nécessaires. Car Simandou, c’est aussi un défi logistique monumental : une région enclavée, sans route ni port adapté, et un projet à la mesure d’un continent.
Il a fallu des années de négociations pour aboutir à la répartition actuelle du projet :
- Winning Consortium Simandou (WCS), un partenariat sino-singapourien, exploite la partie nord ;
- Simfer, détenue par Rio Tinto et Chinalco, gère la partie sud.
Des Infrastructures pour Transformer le Pays
Simandou n’est pas qu’une mine : c’est une colonne vertébrale économique en devenir. Le projet inclut la construction d’un chemin de fer de plus de 650 kilomètres reliant les montagnes du sud-est au port de Morébaya, spécialement aménagé pour l’exportation du fer.
Ces nouvelles infrastructures ouvrent des perspectives inédites pour le désenclavement du territoire, le transport de marchandises, et la création d’emplois. Plusieurs milliers de postes directs et indirects devraient voir le jour dans les années à venir.
Les retombées attendues sont considérables : croissance du PIB, diversification des revenus de l’État, amélioration du réseau logistique national… autant d’éléments qui pourraient faire de la Guinée un acteur central du marché mondial du fer, aux côtés de l’Australie et du Brésil.
Un Enjeu politique Autant qu’Économique
Pour Mamadi Doumbouya, arrivé au pouvoir en 2021 à la suite d’un coup d’État, l’inauguration de Simandou revêt une dimension hautement symbolique. Le chef de l’État, vêtu d’un boubou blanc, a préféré le silence à la tribune, laissant les faits parler pour lui.
Mais le message est clair : Simandou représente le socle de la nouvelle Guinée, celle qu’il souhaite présenter aux électeurs avant la présidentielle du 28 décembre 2025, à laquelle il s’est désormais porté candidat.
La réussite du projet pourrait renforcer sa légitimité politique, mais aussi placer le pays face à un défi : transformer cette manne minière en développement durable, inclusif et équitable.
Un Pari sur l’Avenir
Si les promesses de Simandou font rêver, elles s’accompagnent de défis immenses. Les observateurs appellent à la vigilance : comment garantir que les bénéfices ne profitent pas uniquement aux grandes compagnies ou à une élite restreinte ? Comment préserver l’environnement d’un projet d’une telle envergure ?
L’histoire récente du continent regorge d’exemples où les richesses naturelles n’ont pas rymé avec prospérité pour les populations. La Guinée, forte de son potentiel et de sa jeunesse, a désormais l’opportunité d’écrire une autre histoire.
En lançant Simandou, le pays ne fait pas que creuser la terre : il creuse son avenir.
