Lors de la 3ème Conférence des Nations Unies sur l’Océan, une initiative portée par quatre pays d’Afrique de l’Est a reçu la plus haute distinction mondiale en matière de régénération des écosystèmes. Le projet du Canal du Mozambique Nord (NMC) a été officiellement désigné « Navire Amiral de la Restauration Mondiale » par l’ONU. Cette reconnaissance, annoncée par le PNUE et la FAO, est bien plus qu’un simple prix. Elle valide une vision stratégique ambitieuse qui est en train de s’imposer sur le continent : faire de l’économie bleue (Blue Economy) un moteur de développement durable, capable de concilier prospérité économique, inclusion sociale et préservation de l’environnement.
Le Canal du Mozambique Nord : Un Trésor Biologique sous Pression
La zone concernée est d’une importance capitale. Considérée comme le « berceau et la nurserie » de l’Océan Indien, elle abrite 35% de tous les récifs coralliens de la région. Cependant, ce trésor est menacé. Comme le souligne le communiqué de l’ONU, les pollutions agricoles, la surpêche (notamment la pêche illégale, non déclarée et non réglementée – INN) et le changement climatique (qui provoque le blanchissement des coraux) mettent en péril cet écosystème vital.
Après des décennies à tenir l’océan pour acquis, nous assistons à un grand virage vers la restauration. — Inger Andersen, Directrice Exécutive du PNUE
La Riposte Collective : Quatre Pays, une Vision Commune
Face à cette menace, les Comores, Madagascar, le Mozambique et la Tanzanie ont décidé d’agir collectivement. L’initiative, activement soutenue par le WWF, est un exemple de diplomatie écologique. Elle vise à restaurer des « paysages terrestres et marins interconnectés », reconnaissant que la santé de l’océan dépend de la gestion des terres. Les actions concrètes incluent la restauration des forêts de mangroves (qui servent de nurserie pour les poissons et de remparts naturels contre les tempêtes), la régénération des récifs coralliens et une meilleure gestion des pêcheries au profit des communautés locales. L’ambition est colossale : passer des 87 200 hectares actuellement en restauration à 4,85 millions d’hectares d’ici 2030.
Au Cœur de la Stratégie : La « Blue Economy » Africaine
Ce projet est la mise en pratique la plus aboutie de la doctrine de l’économie bleue, une priorité de l’Agenda 2063 de l’Union Africaine. Comme le détaille la Commission Économique pour l’Afrique des Nations Unies (UNECA), il ne s’agit plus de voir l’océan comme une simple zone d’extraction, mais comme un espace économique intégré. L’objectif est de créer de la valeur tout en préservant le capital naturel. L’initiative du NMC en est la parfaite illustration : le plan prévoit une augmentation de 30% des revenus des ménages dans les zones cibles, la création de plus de 2 000 emplois et de 12 entreprises communautaires, notamment dans l’écotourisme et la pêche durable.
Un « Navire Amiral » pour Guider le Continent
En désignant ce projet comme un « navire amiral », l’ONU envoie un message fort. Elle le positionne comme un modèle réplicable pour le reste du continent et du monde. Le succès de cette initiative n’est pas garanti ; il dépendra d’un financement adéquat et d’une volonté politique sans faille des quatre États partenaires. « L’arrêt et l’inversion de la dégradation sont non seulement possibles, mais aussi bénéfiques pour la planète et les populations », a déclaré le Directeur général de la FAO, Qu Dongyu. L’initiative du Canal du Mozambique Nord offre une feuille de route pour prouver cette affirmation à grande échelle, et pour transformer le potentiel maritime immense de l’Afrique en une prospérité durable et partagée.