L’annonce de la signature d’une joint-venture de 300 millions de dollars entre la ZESCO, compagnie d’électricité zambienne, et un consortium international pour électrifier le tronçon local du Corridor de Lobito est un événement majeur. Pour le non-initié, il s’agit d’un projet d’infrastructure. Pour l’analyste économique, c’est une manœuvre géo-économique de premier plan. Cet investissement n’a pas pour but premier de faire rouler des trains plus propres ; il vise à alimenter en énergie la nouvelle ligne de front de la compétition mondiale : la sécurisation des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques.
Le Corridor de Lobito, l’anti-« Route de la Soie »
Pour comprendre l’importance de ces lignes à haute tension, il faut voir le tableau d’ensemble. Le Corridor de Lobito, qui relie la Copperbelt zambienne et congolaise au port angolais de Lobito sur l’Atlantique, est le projet phare du « Partenariat pour l’Infrastructure et l’Investissement Mondiaux » (PGII). Il s’agit de la réponse stratégique, menée par les États-Unis et l’Union Européenne, à l’initiative chinoise des « Nouvelles Routes de la Soie ». L’objectif est clair : créer une route logistique fiable, rapide et sous influence occidentale pour extraire le cuivre et le cobalt, deux métaux absolument indispensables à la transition énergétique mondiale (batteries de voitures électriques, éoliennes, etc.).
Électrifier pour mieux extraire : la double logique du projet
L’électrification est le cœur de cette stratégie, pour deux raisons économiques fondamentales. La première est l’efficacité ferroviaire. Des trains électriques sont plus performants et moins coûteux à opérer que des locomotives diesel, ce qui abaissera le coût global du transport et rendra le corridor plus compétitif. Mais la seconde raison est encore plus cruciale : cet investissement énergétique est destiné à alimenter bien plus que le chemin de fer. Il va fournir l’électricité stable et abondante dont les compagnies minières ont désespérément besoin dans la Copperbelt pour étendre leurs opérations et lancer de nouveaux projets. En d’autres termes, l’Occident ne finance pas seulement le transport des minerais ; il finance la capacité même de la Zambie à les extraire en plus grande quantité.
Une « supply chain verte » comme avantage compétitif
Ce projet recèle également un puissant argument marketing. En électrifiant le corridor, potentiellement avec l’hydroélectricité dont la Zambie est riche, les partenaires occidentaux construisent le narratif d’une « chaîne d’approvisionnement verte ». Transporter des « métaux verts » sur un « corridor vert » crée un avantage compétitif majeur dans un monde où les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) sont de plus en plus scrutés par les consommateurs et les investisseurs. C’est une manière de se différencier de chaînes d’approvisionnement concurrentes, jugées moins transparentes.
Un pari à 300 millions sur l’avenir économique de l’Afrique Centrale
Cet investissement de 300 millions de dollars n’est donc qu’un acompte sur un pari bien plus grand. Le pari que cette infrastructure permettra d’ancrer durablement la Zambie et la RDC dans une sphère économique occidentale, en sécurisant pour des décennies l’accès aux ressources qui alimenteront l’industrie du futur. Le retour sur investissement attendu n’est pas seulement financier, il est éminemment stratégique. Le succès de cette électrification sera un test majeur de la capacité du modèle de développement occidental à rivaliser, sur le terrain, avec les propositions chinoises.

