L’annonce faite ce 28 août par Aliko Dangote sur les réseaux sociaux n’est pas un simple communiqué de presse. La signature d’un accord d’investissement de 2,5 milliards de dollars pour un complexe de production d’engrais en Éthiopie est un acte stratégique majeur, qui pourrait redéfinir l’avenir agricole et économique de la deuxième nation la plus peuplée d’Afrique. Ce projet n’est pas seulement une nouvelle usine ; c’est une déclaration d’intention économique et un pari sur l’autosuffisance du continent.
Mettre fin à une dépendance coûteuse
Pour saisir la portée de cette annonce, il faut comprendre la vulnérabilité structurelle de l’Éthiopie. L’agriculture est l’épine dorsale de son économie, employant une large majorité de la population, mais sa productivité reste faible. L’une des causes principales est la dépendance quasi totale aux importations d’engrais, qui expose les agriculteurs à la volatilité des prix mondiaux et pèse lourdement sur les réserves de change du pays. En visant une production locale de 3 millions de tonnes par an, le projet de Dangote s’attaque directement à ce talon d’Achille. L’objectif est clair : substituer les importations, stabiliser l’approvisionnement et, in fine, baisser les coûts pour des millions de petits exploitants.
La « Méthode Dangote » : identifier un besoin, construire un empire
Cette incursion en Éthiopie est une illustration parfaite de la « méthode Dangote ». Sa stratégie panafricaine, affinée avec succès dans le ciment, le sucre ou le raffinage pétrolier, consiste à identifier une dépendance massive à l’importation et à la remplacer par une production locale à très grande échelle pour saturer le marché. Après avoir inauguré l’une des plus grandes usines d’engrais au monde au Nigeria, il duplique ce modèle en Éthiopie. Il ne s’agit pas seulement d’une expansion commerciale, mais de l’application d’une doctrine d’autosuffisance industrielle pour le continent.
Un levier pour la « souveraineté alimentaire » et la compétitivité
Les termes utilisés par Aliko Dangote sont forts : « tournant historique », « souveraineté alimentaire », « nouvelle ère pour le secteur agricole ». En s’associant avec Ethiopian Investment Holdings, le fonds souverain du pays, et en saluant le leadership du Premier ministre Abiy Ahmed, il ancre son projet au cœur de la stratégie de développement nationale. Au-delà des « milliers d’emplois » promis, l’enjeu est de créer un effet domino : des engrais plus accessibles mènent à une meilleure productivité agricole, qui à son tour renforce la sécurité alimentaire et la compétitivité du pays.
L’Éthiopie, futur hub agricole de la Corne de l’Afrique ?
La vision dépasse les frontières éthiopiennes. Avec une capacité de production aussi massive, ce complexe ne se contentera pas de répondre à la demande locale. Il positionne l’Éthiopie comme un futur exportateur majeur d’engrais pour ses voisins de la Corne de l’Afrique et de l’Afrique de l’Est. Cet investissement de 2,5 milliards de dollars pourrait ainsi transformer une faiblesse (la dépendance) en une force, et faire de l’Éthiopie non plus un simple importateur, mais un hub stratégique de la production agricole régionale.
