Des cheveux crépus, jadis marginalisés, sont aujourd’hui au centre d’un marché en pleine ébullition. Le mouvement nappy n’est plus seulement un acte de fierté identitaire : il est devenu une force culturelle et économique. Entre tutos DIY, influenceuses au pouvoir grandissant et marques locales innovantes, la beauté afro se transforme en business mondial. Mais derrière ce succès, une question persiste : qui profite réellement de cette révolution capillaire ?
À Paris, une Révolution Filmée en Direct
À Paris, Aïssata, 28 ans, ajuste sa caméra. Devant son miroir, elle tresse ses cheveux crépus et explique chaque geste à ses 150 000 abonnés. « Avant, je défrisais pour ressembler aux autres », confie-t-elle. Aujourd’hui, son compte explose.
L’histoire d’Aïssata illustre une réalité : le nappy n’est plus une simple tendance esthétique. C’est un mouvement culturel devenu une véritable industrie.
« Le nappy n’est pas qu’un style, c’est une affirmation économique »
Fatou N’Diaye, pionnière du blog Black Beauty Bag
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Du Symbole Identitaire à un Marché Mondial
En dix ans, le nappy a conquis le monde. En 2015, 40 % des femmes afro portaient leurs cheveux naturels ; elles sont 70 % en 2025 selon Roots Magazine.
Résultat : un marché en plein essor. En France, le capillaire afro pèse 50 millions d’euros, et dans le monde, les cosmétiques afro atteignent 228 milliards d’euros. Derrière ces chiffres, une conviction : le retour au naturel est aussi une force économique.
Les Influenceuses, Nouvelles Reines du Cheveu
Le boom nappy doit beaucoup aux réseaux sociaux. Sur Instagram, YouTube et TikTok, des créatrices comme Keisha ou Nafissatou rassemblent des milliers de vues par tuto. En 2025, les influenceuses beauté afro génèrent 20 % des ventes en ligne du secteur.
Leur pouvoir est immense : elles recommandent des produits, testent des recettes maison, et parfois lancent leurs propres gammes. Mais l’envers du décor existe : la majorité des revenus finit encore dans les poches des grandes marques.

DIY : entre Liberté et Contrainte
Le succès du nappy passe aussi par le DIY. Masques à l’hibiscus, huiles de coco ou aloe vera : ces recettes maison se partagent massivement en ligne, cumulant des millions de vues.
En Afrique, des marques locales comme Adeba Nature (Côte d’Ivoire) ou Bisaa’a Cosmetics (Cameroun) surfent sur cette vague, misant sur le naturel et les savoir-faire traditionnels. Leur croissance à deux chiffres prouve que le marché peut se construire autrement. Mais le recours massif au DIY révèle aussi une limite : beaucoup y voient un moyen de compenser le manque d’accès à des soins capillaires professionnels accessibles.
| Indicateur | Valeur Actuelle | Croissance | Source |
| Marché capillaire afro France (millions EUR) | 50 | +10 %/an | Madame Figaro |
| Femmes afro optant naturel (%) | 70 | +30 % depuis 2015 | Roots Magazine |
| Vues tutos nappy (millions/mois) | 1 | +20 % en 2025 | Nappynko |
| Dépenses beauté afro vs caucasienne | 4x plus | 1000 EUR/an | Le Point |
Légende
Clés du boom nappy en 2025. Source : Madame Figaro, Roots Magazine, Nappynko, Le Point.
Une Vague qui Peut devenir un Tsunami
En Afrique subsaharienne, le marché des cosmétiques naturels pourrait atteindre 653 millions de dollars en 2025 (Mordor Intelligence).
Pour que cette dynamique profite réellement aux entrepreneuses locales, deux conditions s’imposent :
- former les professionnels de la coiffure afro, encore trop peu représentés dans les circuits officiels ;
- soutenir l’innovation locale, afin d’éviter que les géants du cosmétique ne captent l’essentiel des bénéfices.
Le nappy est bien plus qu’une tendance : c’est une révolution culturelle devenue un moteur économique mondial. Des influenceuses aux start-ups locales, il redessine les codes de la beauté, crée des opportunités et nourrit une nouvelle fierté. Mais cette vague n’aura d’impact durable que si elle profite à celles qui l’ont initiée : les femmes afro elles-mêmes. Sans cela, le risque est grand que le mouvement, né comme une affirmation d’identité, se dissolve dans un business mondialisé dominé par d’autres.
L’avenir du nappy dépendra donc d’une équation simple mais cruciale : transformer une revendication en redistribution.

