L’Afrique produit près d’un tiers des épices mondiales, mais n’en capte qu’une fraction de la valeur. Le Nigeria en est l’exemple le plus frappant : deuxième producteur mondial de gingembre en 2023, devant la Chine, le pays reste loin derrière en termes de revenus. Cette contradiction révèle une question essentielle : comment transformer une richesse agricole en puissance économique ?
Un Potentiel Sous-Exploité
Avec 781 000 tonnes de gingembre récoltées en 2023, le Nigeria a dépassé la Chine en volume. Pourtant, ses exportations n’ont rapporté que quelques dizaines de millions de dollars, contre plusieurs centaines de millions pour Pékin. La raison est simple : l’Afrique exporte majoritairement des produits bruts, perdant jusqu’à 90 % de la valeur qui se crée lors de la transformation.
Cette dépendance au commerce de matières premières enferme les producteurs dans des revenus précaires, incapables de financer durablement scolarité, santé ou investissements agricoles.
Un Modèle en Rupture
C’est ici qu’intervient Horizon Group Africa. Fondée en 2017, l’entreprise mise sur une approche intégrée : elle fournit aux producteurs des semences certifiées, un accompagnement technique, un accès au financement et surtout la certification biologique, clé pour les marchés premium en Europe, en Asie et aux États-Unis.
Résultat : les revenus des petits exploitants partenaires sont multipliés par trois à cinq. Leurs productions, stockées et transformées localement, trouvent preneur à des prix supérieurs, tandis que les familles accèdent à une meilleure éducation et à une sécurité alimentaire renforcée.
L’effet Levier de l’Investissement à Impact
Ce modèle a récemment séduit Aavishkaar Capital, acteur majeur de l’investissement à impact, qui a injecté 5 millions de dollars pour accélérer son déploiement. L’objectif est clair : tripler le nombre de producteurs intégrés au réseau pour atteindre 10 000 fermiers d’ici trois ans, tout en augmentant les capacités de transformation et en consolidant la position du Nigeria sur les marchés internationaux.
Au-delà des capitaux, cette stratégie marque une rupture avec un commerce extractif centré sur la simple exportation brute. Elle favorise au contraire une intégration des producteurs dans des chaînes de valeur certifiées et traçables, gages de durabilité et de compétitivité.
| Indicateur | Valeur Actuelle | Potentiel | Source |
| Production Nigeria (tonnes, 2023) | 781 000 | 16 % mondial | FAO |
| Export brut Nigeria (millions USD) | 47,5 | <3 % revenus globaux | WITS |
| Revenus Horizon fermiers | x3 à 5 | 10 000 fermiers | Vanguard News |
| Marché épices global (milliards USD) | 40 | Afrique 10 % | African Business |
Légende
Clés du commerce épices africain, 2025. Source : FAO, WITS, Vanguard News, African Business.
L’Afrique à l’Heure du Choix
Le marché mondial des épices, estimé à plus de 40 milliards de dollars par an, croît rapidement, porté par la demande en produits biologiques et traçables. L’Afrique, avec ses terres arables abondantes et sa production déjà conséquente, dispose d’atouts considérables. Mais pour en tirer parti, elle devra miser sur la transformation locale, la certification et l’industrialisation adaptée.
Le chemin n’est pas exempt d’obstacles : manque d’infrastructures de stockage, routes dégradées, vulnérabilité aux maladies des cultures. Pourtant, l’exemple nigérian montre que la bascule est possible. Lorsque les producteurs sont intégrés dans un écosystème structuré et soutenus par des capitaux patients, l’agriculture cesse d’être synonyme de survie et devient un levier de prospérité.
Vers une Puissance épicière Africaine ?
L’Afrique ne manque ni de ressources, ni de débouchés. Ce qui lui a longtemps fait défaut, c’est la capacité à transformer sur place et à monter en gamme. Le modèle porté par Horizon Group Africa, soutenu par des investisseurs d’impact, offre une démonstration : en créant de la valeur localement, le continent peut non seulement améliorer les revenus de ses producteurs, mais aussi redéfinir sa place dans un marché mondial en pleine expansion.
L’enjeu dépasse le gingembre : c’est l’ensemble des filières épicières – curcuma, poivre, clous de girofle, cannelle – qui pourraient être repositionnées. Si l’Afrique parvient à capter une part plus juste de ce commerce, elle pourrait devenir non seulement un grenier, mais aussi un transformateur incontournable dans l’économie mondiale des épices.
