L’histoire retiendra peut-être 2025 comme l’année où l’Éthiopie a cessé de subir les turbulences pour commencer à dicter son propre rythme. Selon un bilan exhaustif publié par l’Agence de Presse Éthiopienne (ENA), la nation a opéré une transition décisive : le passage de la « réponse à la crise » à une « construction nationale structurée ». Sous la philosophie du Medemer (synergie) prônée par le Premier ministre Abiy Ahmed, Addis-Abeba a consolidé ses fondations économiques, énergétiques et diplomatiques avec une cohérence rarement observée auparavant.
1. Le Réveil du Lion Économique : Bourse et Blé
La réforme économique « indigène » (Homegrown Economic Reform) a atteint sa maturité. L’indicateur le plus frappant est le lancement historique de la Bourse des Valeurs Éthiopienne (ESX). Ce n’est pas qu’un outil financier ; c’est le signal que l’Éthiopie ouvre son capital domestique pour réduire sa dépendance aux dettes extérieures. Les résultats sont là :
- Exportations record : Plus de 8 milliards de dollars générés par l’or, le café et l’horticulture.
- Souveraineté alimentaire : Grâce à l’initiative nationale sur le blé, le pays a non seulement nourri sa population mais consolidé son statut d’exportateur potentiel. « L’Éthiopie est désormais vue comme une destination à long terme, pas une opportunité à court terme », note Zeleke Temesgen, commissaire à l’investissement.
2. L’Hégémonie Énergétique : GERD et Gaz
2025 a marqué la mise en service opérationnelle totale du Grand Barrage de la Renaissance Éthiopienne (GERD). Après 14 ans d’efforts et de financement domestique, le barrage ne fournit pas seulement de l’électricité ; il offre une souveraineté géopolitique. L’Éthiopie est devenue le premier producteur hydroélectrique d’Afrique, exportant ses surplus et liant ses voisins par des câbles haute tension. Parallèlement, le lancement du projet de Gaz Naturel Liquéfié (GNL) de l’Ogaden (capacité de 111 millions de litres/an) diversifie le mix énergétique et fournit les intrants pour les engrais, bouclant la boucle avec l’agriculture.
3. Le Saut Quantique Numérique
Loin des clichés d’une économie agraire, l’Éthiopie a accéléré sa stratégie Digital Ethiopia 2030. Les chiffres donnent le tournis : 136 millions de comptes de mobile money ont généré 9 600 milliards de Birr de transactions. L’État parie sur l’avenir avec l’Institut Éthiopien d’Intelligence Artificielle et l’initiative « 5 Millions de Codeurs », qui a déjà formé 780 000 jeunes. L’objectif est clair : transformer le dividende démographique en une armée de travailleurs technologiques capables de télétravailler pour le monde entier.
4. Diplomatie : La Voix du Sud Global
Sur la scène internationale, l’Éthiopie a joué dans la cour des grands. Lors du sommet du G20 à Johannesburg, Addis-Abeba a non seulement défendu les intérêts du Sud, mais a aussi sécurisé son propre avenir : le financement du mégaprojet aéroportuaire de Bishoftu (12,5 milliards de dollars) a été acté avec la BAD comme arrangeur principal. Entre son entrée opérationnelle dans les BRICS, son élection au Conseil de Paix et de Sécurité de l’UA, et un accord de santé d’un milliard de dollars avec les États-Unis, la diplomatie éthiopienne a su maintenir un équilibre subtil et fructueux.
5. Le Défi de la Paix Intérieure
Tout ce progrès reste conditionné à la stabilité. 2025 a vu une réduction des violences en Amhara et Oromia grâce à une approche centrée sur le dialogue national. « La paix durable se construit par le dialogue, pas la force », a rappelé Abiy Ahmed. Si les défis persistent, l’année 2025 a marqué un tournant vers la réconciliation et le développement social inclusif, prouvant que la résilience éthiopienne n’est pas un mythe, mais une stratégie de gouvernement.
