En 2025, l’histoire se répète, mais avec une brutalité nouvelle. L’Afrique est de nouveau au centre d’une « ruée » mondiale, non plus pour l’or ou les épices, mais pour les minerais critiques (cobalt, lithium, cuivre) indispensables à l’économie du futur. Et dans cette bataille, les États-Unis viennent de jouer une carte maîtresse : la sécurité.
Le Deal Trump-Tshisekedi : Protection contre Accès
L’accord signé cette année entre l’administration Trump et la République Démocratique du Congo (RDC) est d’une clarté transactionnelle rare. Fatiguée par des décennies de conflit à l’Est et accusant le Rwanda de pillage, la RDC a publiquement demandé de l’aide. La réponse américaine a été immédiate : un « Partenariat Stratégique » pour « sauvegarder l’intégrité du territoire de la RDC » en échange de la sécurisation des chaînes d’approvisionnement américaines. Concrètement, Washington s’engage à renforcer les infrastructures (comme le barrage Inga et le corridor de Lobito) et à garantir la sécurité des mines. En retour, les États-Unis s’assurent un accès direct aux gisements congolais, contournant les intermédiaires douteux et coupant l’herbe sous le pied de Pékin. C’est un retour à la Realpolitik : l’armée américaine devient le garant de la Tesla américaine.
La Chine : Le Géant Déjà Installé
Les États-Unis jouent au rattrapage. Comme le souligne Paul Nantulya de l’Africa Center for Strategic Studies, la Chine a une avance colossale. Elle contrôle plus de 50% de la production mondiale de minerais critiques et 87% du raffinage. Pékin ne s’est pas contenté d’acheter :
- En aval : Elle domine la transformation, une étape clé de la valeur ajoutée.
- En amont : Elle multiplie les acquisitions récentes : cuivre au Botswana (2023), lithium au Mali (2024), terres rares en Tanzanie (2025). Plus inquiétant pour l’Occident, la Chine n’hésite pas à « militariser » sa position dominante en restreignant les exportations de matériaux stratégiques.
La Chine militarise sa position dominante dans le raffinage des minerais critiques en limitant les exportations vers ses rivaux.
Paul Nantulya, Africa Center for Strategic Studies
L’Afrique : Acteur ou Terrain de Jeu ?
Pour la RDC, ce pacte avec les États-Unis est un pari risqué mais calculé. En invitant la puissance militaire américaine, Kinshasa espère enfin pacifier son Est riche et instable. Mais la question demeure : ce « nouveau partage » profitera-t-il aux populations locales ? Comme lors de la première révolution industrielle, l’Afrique fournit la matière première. Le défi, en 2025, est de ne pas rester le simple spectateur de sa propre richesse, alors que les superpuissances s’affrontent pour chaque gramme de son sous-sol.

