L’Afrique se trouve une nouvelle fois au cœur des recompositions économiques mondiales. Ce qui semblait être une tendance s’est transformé en basculement structurel : les exportations chinoises vers le continent ont bondi de 25 % depuis le début de l’année, propulsant l’excédent commercial de Pékin au-delà des 1 000 milliards de dollars, un record historique qui fait réagir chancelleries, industriels et investisseurs.
Derrière ce chiffre, une réalité s’impose : la Chine renforce sa présence commerciale en Afrique à un rythme inédit, dans un contexte marqué par la guerre économique sino-américaine et le repositionnement de nombreux acteurs mondiaux.
La stratégie Chinoise se déplace vers le Sud
Sous pression des surtaxes américaines et des restrictions technologiques, Pékin a redirigé une partie de ses flux vers des marchés émergents — et l’Afrique apparaît comme un terrain stratégique. Véhicules, engins de chantier, panneaux solaires, transformateurs électriques, équipements électroniques : la gamme des produits chinois qui arrivent sur le continent s’élargit de mois en mois.
Cette dynamique touche également les plateformes d’e-commerce, qui servent désormais de relais puissants à l’exportation de produits manufacturés peu coûteux et rapidement disponibles.
L’Afrique, désormais au Centre d’un jeu à Plusieurs puissances
La Chine n’est pas la seule à avancer ses pions. D’autres nations accélèrent leur présence :
- Turquie : exportations multipliées par cinq en dix ans, forte dans le textile et l’électroménager ;
- Inde : désormais dans le top 5 des partenaires commerciaux africains, portée par l’automobile, le pharmaceutique et la sidérurgie ;
- Émirats arabes unis : création de hubs logistiques servant de plaques tournantes pour réexpédier les flux asiatiques ;
- Vietnam : la nouvelle étoile montante, présente via les smartphones et l’électronique à bas prix.
Le continent est devenu la scène d’une compétition commerciale où chaque acteur cherche à capter une part d’un marché de 1,4 milliard de consommateurs, avec une classe moyenne en croissance rapide.
Entre opportunités Immédiates et risques à Long terme
L’arrivée massive de produits manufacturés bon marché représente une bouffée d’oxygène pour certains secteurs africains, notamment :
- la construction,
- l’agriculture,
- la logistique,
- l’énergie solaire.
Cependant, l’équilibre reste fragile.
La balance commerciale se creuse pour la plupart des pays africains, qui continuent d’exporter majoritairement des matières premières brutes et d’importer des produits transformés de plus en plus sophistiqués.
Résultat : le déficit commercial vis-à-vis de la Chine s’aggrave, en particulier pour le Kenya, l’Éthiopie et plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest.
À cela s’ajoute le poids de la dette : Pékin reste le premier créancier bilatéral du continent.
Le défi : transformer l’Afflux chinois en levier d’Industrialisation
Pour Aurélie M’bida (Jeune Afrique), qui analyse ces mutations, la tendance est appelée à s’intensifier en 2026. L’Afrique, plus que tout autre bloc économique, représente un marché dynamique, urbain, jeune et en pleine expansion.
La question clé reste donc : comment transformer cette dépendance croissante en moteur d’industrialisation locale ?
Sans montée en gamme industrielle, sans stratégie manufacturière panafricaine, le risque est clair : être un marché, plutôt qu’un acteur.
L’équation est posée. Les réponses restent à construire.

