Trente-cinq ans de carrière, huit albums, une plume qui n’a jamais tremblé : Kery James signe un retour puissant, fidèle à l’essence même de son art. Lui qui annonçait une possible retraite en 2009 n’a finalement jamais quitté le terrain. Ni celui de la musique, ni celui du combat. Avec R.A.P – Résistance, Amour et Poésie, le rappeur réaffirme son rôle : celui d’un artiste engagé, d’un poète révolté et d’un témoin inlassable des fractures sociales française
Un retour qui Sonne comme un Rappel à l’ordre
Tout est reparti de Radical. Un titre brut, nerveux, presque urgent, lancé au printemps comme un avertissement :
Voilà le son qu’on n’entend plus, pourtant l’époque est tellement tendue.
En quelques minutes, Kery James pose le décor : il revient aux sources, à un rap qui bouscule et qui éclaire. À la manière de Vent d’État, de Lettre à la République ou du Retour du rap français, il s’adresse frontalement à une époque qu’il juge « déviée » et « confuse ».
Et il le dit sans détour :
Toujours pas là pour leur dire c’qu’ils veulent entendre.
Repoussée de septembre à novembre, la sortie de l’album se fait attendre. Pour patienter, l’artiste ne montre qu’une pochette sombre, épurée, dans l’esprit de Réel. On n’y voit qu’un visage à moitié dissimulé… mais un regard qui en dit long : la colère n’est pas partie, la détermination non plus.
R.A.P : un Album qui réactive les Fondamentaux
Dans ce nouvel opus, Kery James n’essaie pas de se réinventer — il se recentre.
Il revisite ce qui fait l’ADN de son œuvre : la banlieue, les inégalités, les vies cabossées, les espoirs fragiles, les colères légitimes.
Des morceaux comme Rien n’a changé ou 1 pour le savoir déroulent la même réalité :
- l’injustice qui persiste,
- les promesses politiques qui s’évaporent,
- la jeunesse reléguée,
- les destins qui se répètent.
Rien n’a changé — et c’est bien ce que l’artiste dénonce. Son rap n’invente pas des problèmes : il les constate, encore et encore.
Un message Adressé à la nouvelle Génération
L’une des particularités de l’album, c’est ce fil rouge amer et lucide : un constat sur la nouvelle scène rap.
Kery James le dit sans agressivité mais sans détour : une partie du rap d’aujourd’hui s’est éloignée de sa mission.
Trop de paillettes. Trop de légèreté. Peu de conscience, peu de substance.
Lui qui a grandi dans l’héritage d’IAM, NTM, Psy 4 de la Rime ou de la Mafia K’1 Fry constate un virage : le rap, jadis porte-voix social et politique, penche vers un égotrip sans profondeur.
Est-ce une fracture générationnelle ?Peut-être. Mais surtout, un rappel à l’ordre : le rap n’est pas qu’un décor sonore — c’est une parole, un acte, une posture.
Un Manifeste en forme d’Album
Avec R.A.P, Kery James ne court ni après la mode, ni après les streams. Il court après le vrai.
Il ne cherche pas le single facile, mais la phrase juste. Pas le tube, mais l’impact. Pas le confort, mais la nécessité.
Cet album ressemble à une profession de foi : résister, aimer, poétiser, dénoncer — et rester debout.
À bientôt 48 ans, Kery James n’a rien perdu de son souffle. Et tant qu’il lui restera des mots pour défendre « ceux de la deuxième France », il n’est clairement pas prêt à déposer le micro.
