Le débat revient avec force : faut-il de nouveau enseigner en malgache à l’école ?
Pour le nouveau président Michaël Randrianirina, la réponse est oui. La langue malgache doit retrouver sa place dans les salles de classe. Mais sur le terrain, enseignants, experts et parents oscillent entre espoir, prudence… et souvenirs d’un passé encore douloureux.
Une langue Maternelle trop Souvent mise de Côté
Dans les écoles malgaches, la plupart des matières sont enseignées en français. À Antananarivo, certains enseignants s’inquiètent : les enfants parlent désormais mieux français que malgache.
Mme Salohy Rafanomezantsoa, professeure d’Histoire-Géographie, n’hésite pas :
Les élèves ne savent plus vraiment parler malgache. On l’entend à chaque récréation.
Ce constat n’est pas isolé. Pour de nombreux pédagogues, réhabiliter le malgache n’est pas seulement un choix culturel : c’est une nécessité éducative. L’historien et responsable des programmes scolaires, Alexandre Lahiniriko, le rappelle :
Tous les systèmes éducatifs performants enseignent d’abord dans la langue de l’enfant. C’est scientifiquement établi.
Un Passé qui pèse Lourd : l’échec de la ‘Malgachisation’
Entre 1975 et 1992, le président Didier Ratsiraka avait déjà tenté de généraliser l’enseignement en malgache. Mais la réforme, menée à grande vitesse, a tourné au fiasco : enseignants non formés, matériel pédagogique absent, confusion généralisée.
Lahiniriko résume ce traumatisme national : « Les enseignants avaient été formés en français. Du jour au lendemain, on leur a demandé de tout faire en malgache. C’était impossible. »
Encore aujourd’hui, beaucoup associent le malgache à un “retour en arrière” ou à une baisse du niveau scolaire. Un héritage difficile à effacer.
Des inquiétudes Persistantes dans les Lycées
Certains enseignants redoutent que l’usage exclusif du malgache complique l’apprentissage de notions techniques.
Lovaniaina Rakondrazaka, professeur de langues, s’interroge :
Comment expliquer certains concepts scientifiques ? Et que fera un élève qui part étudier à l’étranger ?
Le risque d’un isolement académique est régulièrement évoqué.
Dans un monde globalisé, l’anglais gagne du terrain
Pour le physicien Stephan Narison, le débat devrait porter ailleurs : « Le malgache n’est pas une langue internationale. L’anglais, oui. Si certains ne veulent plus du français, très bien, mais au moins que l’on enseigne l’anglais correctement. »
La question linguistique à Madagascar dépasse donc les murs de l’école : elle touche à la place du pays dans le monde.
Une réforme Ambitieuse, à long Terme
Tout le monde s’accorde sur un point : sans formation massive des enseignants, la réforme est vouée à l’échec. Et même si elle est mise en place demain, ses effets ne seront visibles qu’après une génération — soit 25 ans.
Le retour du malgache à l’école pourrait être une chance pour les élèves… à condition d’éviter les erreurs du passé.
Le pays se trouve aujourd’hui à un tournant : choisir sa langue d’enseignement, c’est aussi choisir sa vision de l’avenir.

