Cette semaine, Kigali ne sera pas seulement la capitale du Rwanda, mais celle de l’économie mondiale de la qualité. En accueillant, pour la deuxième fois seulement sur le sol africain, la réunion annuelle de l’Organisation Internationale de Normalisation (ISO), le pays des mille collines ne fait pas qu’organiser un événement prestigieux. Il met en scène la consécration d’une stratégie de développement unique sur le continent : faire de la rigueur et de l’adoption des normes internationales non pas une contrainte, mais une arme de compétition massive pour construire la marque « Made in Rwanda ».
Les Normes, une Arme de Compétition Massive
Dans une économie mondialisée, les normes (ISO 9001 pour la qualité, ISO 22000 pour la sécurité alimentaire, etc.) sont le langage universel du commerce. Pour un pays africain, elles sont bien plus que des standards techniques ; elles sont un passeport. Comme le souligne un rapport de la Banque Mondiale sur le commerce, le manque de certification et de respect des normes constitue l’une des principales barrières non-tarifaires qui freinent l’accès des produits africains aux marchés à haute valeur ajoutée (Europe, Amérique du Nord, Asie). En se positionnant en champion des normes, le Rwanda ne vise pas seulement l’excellence, il mène une stratégie économique pragmatique.
C’est une opportunité unique pour le Rwanda de montrer jusqu’où nous sommes allés dans la normalisation et la qualité des produits « Made in Rwanda » qui peuvent concourir à l’international. — Raymond Murenzi, Directeur Général, Rwanda Standards Board (RSB)
Le « Modèle Rwandais » : La Qualité comme Levier de Développement
Depuis son adhésion comme membre à part entière de l’ISO en 2013, le Rwanda a fait de la normalisation un pilier de sa Stratégie Nationale de Transformation (NST2), qui vise à doubler les exportations. Sous l’égide d’organismes comme le Rwanda Standards Board (RSB) et la Rwanda Inspectorate, Competition and Consumer Protection Authority (RICA), le pays a méthodiquement bâti une infrastructure de la qualité. « Dans l’agriculture, l’industrie manufacturière et les services, l’application des normes internationales n’a pas seulement amélioré la qualité des produits et la sécurité des consommateurs, mais a aussi ouvert des portes aux entreprises rwandaises sur les marchés régionaux et mondiaux », explique Deo Munyaneza de la RICA. Des produits phares comme le café de spécialité, les produits horticoles ou les matériaux de construction rwandais ont ainsi pu pénétrer des marchés exigeants grâce à leur certification.
Au-Delà de la Conformité, un Changement de Mentalité
Le succès de la stratégie rwandaise réside peut-être moins dans la contrainte réglementaire que dans un changement de culture d’entreprise. « Nous avons observé un fort changement de mentalité », poursuit M. Munyaneza. « Beaucoup [d’entreprises] reconnaissent maintenant que la conformité et la certification sont essentielles non seulement pour la responsabilité légale, mais aussi pour la confiance des consommateurs et le succès commercial. » Cette prise de conscience est accélérée par l’émergence d’un consommateur rwandais « plus informé et plus exigeant », qui pousse le marché vers le haut. Si des défis subsistent, notamment le coût de la certification pour les PME et un accès encore limité à des laboratoires accrédités, la dynamique est enclenchée.
L’Épreuve de la ZLECAf et le Pari sur l’Avenir
L’enjeu de cette stratégie dépasse les frontières du Rwanda. Il est continental. En effet, le succès de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf) ne dépendra pas seulement de la levée des droits de douane, mais surtout de l’harmonisation des normes et de la levée des barrières non-tarifaires. En se positionnant comme un leader de la qualité, le Rwanda prend une longueur d’avance pour faire de ses produits des références sur le futur marché unique africain. En accueillant l’ISO, Kigali ne célèbre pas seulement ses propres réussites. Le pays se présente comme un laboratoire et un modèle pour le « Made in Africa » de demain : un label qui ne serait plus synonyme de matières premières brutes, mais de produits transformés, compétitifs et de qualité mondiale.

