Au Lesotho, un emploi industriel sur trois en dépendait. Pour le Kenya, il représentait un pilier de son secteur textile. Après 25 ans d’existence, l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), l’accord commercial emblématique entre les États-Unis et l’Afrique, s’est éteint le 30 septembre. L’administration Trump a laissé expirer ce programme sans le renouveler, plongeant des industries entières dans une incertitude dramatique et menaçant des centaines de milliers d’emplois sur le continent.
AGOA : La Fin d’un Outil d’Industrialisation Historique
Lancé en 2000 par l’administration Clinton, l’AGOA n’était pas un simple accord commercial. C’était un instrument de politique étrangère conçu pour stimuler l’industrialisation de l’Afrique en offrant un accès en franchise de droits au marché américain pour plus de 6 000 produits. En 2022, selon l’USTR, il représentait encore 9 milliards de dollars d’exportations non pétrolières, dont près de 40% issus du textile. Si son expiration était techniquement programmée, la décision de ne pas le renouveler, dans un contexte de tensions tarifaires, est perçue comme un signal politique brutal de la part de Washington.
Le Textile, Première Victime d’un Choc Annoncé
Selon une nouvelle étude du Centre du Commerce International (ITC), l’impact sera dévastateur pour les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre. Le plus touché est, de loin, celui de l’habillement. L’étude prévoit une chute de 9,7% des exportations de ce secteur vers les États-Unis d’ici 2029. Les droits de douane sur les vêtements africains vont bondir de 14 points de pourcentage, anéantissant la compétitivité-prix qui reposait presque entièrement sur l’AGOA.
Au Lesotho, où 80% des exportations de vêtements dépendent de l’AGOA, ce sont plus de 40 000 emplois, majoritairement féminins, qui sont directement menacés.
Le coût humain est potentiellement catastrophique. Au Lesotho, où, selon la Banque Mondiale, le secteur textile représente la quasi-totalité des exportations et emploie plus de 40 000 personnes, majoritairement des femmes, c’est un pilier de l’économie qui vacille. « C’est une décision brutale qui compromet nos efforts d’industrialisation », a réagi un porte-parole de l’association des manufacturiers du Kenya, un autre grand bénéficiaire de l’accord.
Une Crise dans la Crise
La fin de l’AGOA s’ajoute à une conjoncture déjà difficile. Les tarifs douaniers imposés par les États-Unis en 2025 avaient déjà fragilisé la relation. Bien que non légalement liés, ils ont été perçus comme un prélude au non-renouvellement de l’accord. Les espoirs d’une prolongation d’un an, évoqués par le ministre du Commerce du Lesotho après une visite à Washington, ont été douchés par l’absence de confirmation de la Maison-Blanche et par le fait qu’aucune procédure législative n’a été enclenchée au Congrès américain.
L’Afrique Poussée à la Diversification Forcée
Face à ce mur, les réactions africaines oscillent entre la consternation et la recherche d’alternatives. L’Union Africaine a dénoncé une décision qui va à l’encontre des efforts de développement du continent. Des voix s’élèvent pour appeler à une accélération de la diversification des partenaires commerciaux. Pour certains experts, cette rupture, bien que douloureuse à court terme, pourrait agir comme un électrochoc et pousser l’Afrique à miser plus résolument sur son propre marché régional, via la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Mais cette transition prendra des années. À court terme, la perte de l’accès préférentiel au premier marché de consommation du monde reste un coup extrêmement dur pour les ambitions industrielles du continent.
