Jane Goodall, la primatologue britannique dont les recherches pionnières sur les chimpanzés en Tanzanie ont révolutionné la science et inspiré des générations de conservationnistes, est décédée ce mercredi à l’âge de 91 ans. Son travail de terrain, entamé dans les années 1960, a non seulement transformé notre compréhension du monde animal mais a également laissé une empreinte institutionnelle et humaine indélébile sur le continent africain.
Pendant des décennies, dans ce qui est aujourd’hui le parc national de Gombe en Tanzanie, Jane Goodall a documenté, avec une patience méticuleuse, la vie des chimpanzés. Ses observations ont conduit à des découvertes révolutionnaires, prouvant qu’ils utilisaient des outils, menaient des chasses coopératives et possédaient des structures sociales et des personnalités complexes. Sa méthode, basée sur une observation immersive et respectueuse, est devenue un modèle pour la primatologie moderne.
Ce qu’elle nous a appris, c’est que les individus comptent vraiment. Vous pouvez étudier une espèce, mais ce que vous apprenez lorsque vous observez et décrivez leur comportement individuellement est vraiment spécial. — Kate Detwiler, Professeure de biologie
Au-delà de ses découvertes, son plus grand héritage est peut-être humain. De nombreux scientifiques et écologistes, en particulier des femmes, la citent comme leur principale source d’inspiration. « Elle était une héroïne improbable au parcours non traditionnel », a déclaré la biologiste Rae Wynn-Grant. Pour beaucoup, elle a rendu la carrière de scientifique de terrain accessible et légitime pour les femmes, à une époque où ce domaine était quasi exclusivement masculin. Son influence se perpétue à travers le Jane Goodall Institute, qui mène des programmes de conservation communautaire et de réhabilitation de chimpanzés orphelins à travers le continent.
L’héritage de Jane Goodall n’est cependant pas sans nuances. Comme le rappelle l’article du Washington Post, elle a fait face à des critiques concernant son rôle d' »égérie étrangère » de la faune africaine. La conservationniste kényane Paula Kahumbu, tout en se décrivant comme un « produit du travail de Goodall », reconnaît la complexité du sujet. Elle souligne cependant qu' »à l’époque où Jane est arrivée à Gombe, il n’y avait personne sur place qui aurait pu faire ce travail », et que Goodall a toujours œuvré pour inspirer les jeunes Africains à prendre le relais.

