Dans un communiqué officiel du 23 septembre 2025, Cassava Technologies, le géant panafricain des infrastructures numériques, et Accenture, titan mondial du conseil, ont annoncé un partenariat stratégique. Leur objectif : déployer des solutions « d’IA souveraine » sur le continent. Loin d’être un simple accord commercial, cette alliance vise à construire les fondations d’un écosystème où les données africaines sont traitées en Afrique, par des Africains, et pour des applications africaines. C’est une réponse directe à l’un des plus grands défis de l’ère numérique : la dépendance technologique et la souveraineté des données.
La Souveraineté Numérique : Un Impératif Juridique et Géopolitique
Jusqu’à présent, la majorité des données africaines sont hébergées sur des serveurs en Europe, aux États-Unis ou en Chine, les soumettant à des lois étrangères comme le CLOUD Act américain. Face à ce risque, un nombre croissant de pays, comme l’Afrique du Sud avec sa loi POPIA, adoptent des réglementations strictes exigeant une « résidence locale » des informations sensibles. La souveraineté offerte par ce partenariat est donc d’abord juridique : garantir que les données restent sous la juridiction des lois africaines. C’est un marché immense qui s’ouvre, poussé par la régulation.
Une Alliance à Trois Niveaux : Infrastructure, Plateforme et Matériel
La crédibilité de l’offre repose sur l’alliance de trois expertises complémentaires :
- Cassava Technologies apporte l’infrastructure physique existante. À travers ses filiales Africa Data Centres et Liquid Intelligent Technologies, Cassava offre le réseau de data centers et de fibre optique nécessaire au déploiement.
- Accenture fournit la couche logicielle et l’expertise-conseil. Sa plateforme « AI Refinery™ » permettra de construire des solutions sur mesure pour les entreprises.
- Nvidia est le fournisseur du matériel sous-jacent. L’offre de Cassava, le « GPU-as-a-Service » (GPUaaS), est basée sur l’infrastructure de pointe de Nvidia, permettant aux entreprises africaines de « louer » une puissance de calcul indispensable à l’IA.
L’IA n’est pas qu’une histoire de technologie ; c’est une histoire de construction nationale avec l’inclusion au centre. — Ahmed El Beheiry, PDG, Cassava AI
L’Objectif : une IA Contextualisée pour les Secteurs Clés
L’ambition affichée est de construire une IA plus pertinente pour le continent. Le communiqué précise que le partenariat vise à intégrer « le contexte régional, les langues et les nuances culturelles » dans les solutions. Le déploiement, qui doit débuter en Afrique du Sud avant de s’étendre à l’Égypte, au Kenya, au Maroc et au Nigeria, ciblera des secteurs prioritaires comme la finance, les mines ou l’agriculture. L’idée est de passer d’une IA générique à une IA spécialisée, capable de comprendre et de résoudre des problèmes locaux.
Les Défis d’une Souveraineté à Construire
Si l’annonce est majeure, la route vers une IA souveraine « à grande échelle » est semée d’embûches. La crédibilité de l’analyse impose de les souligner :
- Le Coût Énergétique : Les data centers et les GPU sont extrêmement énergivores. Dans un continent où l’électricité est souvent rare et chère, la viabilité et la durabilité écologique de ces infrastructures (via les énergies renouvelables) seront un défi majeur.
- Les Compétences Locales : Au-delà de l’infrastructure, il faudra un écosystème de talents africains (ingénieurs, data scientists) capables de maintenir ces systèmes et de développer les applications d’IA.
- L’Accessibilité : Le coût de ces services « premium » sera-t-il accessible aux PME et startups africaines, ou restera-t-il l’apanage des grandes multinationales et des gouvernements ?
- La Sécurité : Concentrer les données sensibles du continent sur des infrastructures locales exigera un niveau de cybersécurité de classe mondiale pour parer aux risques croissants de cyberattaques.
En conclusion, ce partenariat ne crée pas une « IA Made in Africa » de bout en bout, car la technologie de base reste mondiale. Mais il pose une brique essentielle et pragmatique : celle de l’infrastructure souveraine. C’est un premier pas fondamental qui, s’il est suivi d’investissements massifs dans l’énergie et les compétences, pourrait permettre à l’Afrique de devenir un acteur et non plus un simple consommateur de la révolution de l’intelligence artificielle.

