Le 9 septembre 2025, l’Éthiopie a inauguré le Grand Barrage de la Renaissance (GERD), un ouvrage hydroélectrique géant sur le Nil Bleu, symbole de fierté nationale dans un pays marqué par des conflits internes. Coûtant 5 milliards de dollars et financé majoritairement par des contributions populaires, ce barrage de 1,8 km de large et 145 m de haut, avec un réservoir de 74 milliards de m³, génère 5 150 MW d’électricité, doublant la capacité éthiopienne, selon des rapports officiels. Mais pour l’Égypte, qui dépend du Nil à 97 % pour ses 110 millions d’habitants, il représente une « menace existentielle », ravivant des tensions géopolitiques qui durent depuis 2011.
Addis-Abeba : Un Symbole d’Unité Nationale
À Addis-Abeba, des foules agitent des drapeaux éthiopiens devant des écrans géants. Le GERD unit un pays fracturé par des guerres au Tigré (600 000 morts estimés par l’Union africaine en 2022) et des conflits en Amhara et Oromia. « Il n’y a que deux sujets consensuels : l’accès à la mer et le barrage », confie un diplomate étranger anonyme. Sur les réseaux sociaux, des images du site ornées de bannières nationales pullulent. Tant le TPLF (au pouvoir jusqu’en 2018) que le parti d’Abiy Ahmed s’en attribuent le mérite, transformant ce projet en vecteur de cohésion, comme l’explique Alex Vines du ECFR : « Dans une région difficile, Addis utilise le GERD pour unir la nation face à ses voisins ».
Le Caire : L’Eau, une Ligne Rouge
Au Caire, des agriculteurs scrutent le Nil, vital pour 97 % des ressources hydriques égyptiennes. L’Égypte, avec 59,6 milliards de m³ disponibles contre 114 nécessaires, craint un tarissement lors de sécheresses, aggravé par le changement climatique. « Quiconque pense que l’Égypte fermera les yeux sur sa sécurité hydrique se trompe », a averti le président Sissi en août 2025. Le Soudan partage ces inquiétudes, rejetant en juin 2025 toute mesure unilatérale. Le Caire se rapproche de l’Érythrée et de la Somalie, frontaliers tendus d’Éthiopie, pour contrer Addis.
Khartoum : Le Barrage Entre Espoir et Crainte
À Khartoum, des ingénieurs surveillent le barrage de Roseires, vieux de 60 ans. Le Soudan, impacté par les inondations et la sécurité du GERD, appelle à une gestion conjointe. « Le Nil suffit à tous s’il est géré correctement », assure Abel Abate Demissie de Chatham House. Mais sans accord, des craintes persistent : le GERD pourrait perturber les flux, menaçant 20 millions de Soudanais. Les méditations, de l’ONU aux Émirats, ont échoué depuis 2011, laissant les trois pays dans l’impasse.
Addis : Pas un Litre de Perdu
À Guba, près du site, Abiy Ahmed inspecte les turbines. « Le GERD doublera notre production électrique et exportera de l’énergie régionale », déclare-t-il en juillet 2025. L’Éthiopie, où 60 % des 130 millions d’habitants manquent d’électricité, voit dans le barrage une chance d’essor : contrôle des inondations, réduction de la sédimentation pour le Soudan, et export vers le Kenya ou Djibouti. « Leurs barrages doivent être pleins ; nous ne voulons pas de craintes », répète Abiy. Des experts comme Magnus Taylor de l’International Crisis Group estiment un conflit ouvert improbable : « L’Égypte ne bombardera pas le GERD ».
Encadré : Enjeux Énergétiques et Hydriques du GERD
| Aspect | Détails | Source |
| Capacité hydroélectrique | 5 150 MW (doublement éthiopien) | Reuters |
| Réservoir | 74 milliards m³ | Al Jazeera |
| Besoins égyptiens | 97 % du Nil pour l’eau | DW |
| Médiations échouées | USA, UA, Émirats depuis 2011 | BBC |
Source : Reuters, Al Jazeera, DW, BBC
Un Nil pour Demain
À Guba, des danseurs en tenues traditionnelles célèbrent l’inauguration. Quand Abiy coupe le ruban, le public applaudit. Son discours sur une « opportunité partagée » résonne, mais l’Égypte alerte l’ONU. Le GERD, malgré les tensions, pourrait unir la région : régulation des flux, énergie exportée, adaptation climatique. Pour Mohamed Mohey el-Deen, ex-expert égyptien, « l’option réaliste est de s’adapter ». Le Nil, partagé par 11 pays, appelle à une coopération qui transforme la discorde en développement durable pour l’Afrique.
