Avec 19 318 nouveaux cas et 13 726 décès par an, selon les dernières estimations de la base de données Globocan (CIRC, 2022), le cancer est devenu une crise sanitaire majeure à Madagascar. Conscient de l’urgence, le gouvernement malgache a pris une décision stratégique : inviter les plus grandes instances mondiales à mener un audit complet de ses capacités de lutte contre la maladie. Cette revue imPACT, menée en juin 2025 par l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA), l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), dresse le portrait d’un pays aux fondations solides mais confronté à des défis immenses. Ses conclusions serviront de base à l’élaboration du tout premier plan national de lutte contre le cancer, un jalon historique pour la Grande Île.
Le « Double Fardeau », Contexte d’une Crise Sanitaire
La lutte contre le cancer à Madagascar s’inscrit dans un contexte particulièrement complexe, celui du « double fardeau » de la maladie. Comme le documente l’OMS, le pays doit continuer à allouer des ressources importantes à la lutte contre les maladies infectieuses, tout en faisant face à une augmentation exponentielle des maladies non transmissibles, comme le cancer. Tout cela avec un système de santé fragile. Selon les données de la Banque Mondiale, les dépenses de santé à Madagascar représentent une part très faible du PIB, et le pays souffre d’un manque chronique de médecins et de spécialistes, particulièrement en dehors de la capitale.
L’Audit International : Entre « Fondations Solides » et Lacunes Critiques
L’audit mené par les experts internationaux a mis en lumière les forces sur lesquelles le pays peut s’appuyer. « Le gouvernement malgache est déterminé à améliorer les soins contre le cancer dans le pays », a déclaré le Ministre de la Santé, Randriamanantany Zely Arivelo. Cette volonté politique est le premier atout. La revue a également salué les « efforts importants » déjà entrepris, notamment dans la modernisation des services d’imagerie et l’existence d’un personnel de santé globalement qualifié, avec six facultés de médecine dans le pays. Cependant, l’analyse pointe des faiblesses structurelles majeures. Le rapport insiste sur le besoin urgent de « renforcer les capacités pour augmenter et retenir les ressources humaines spécialisées en oncologie ». Il souligne également la nécessité de moderniser le cadre réglementaire de la radioprotection pour l’aligner sur les standards de l’AIEA et de booster les services de pathologie (laboratoires), indispensables à un diagnostic précis.

Légende : L’équipe de la revue imPACT a visité en juin plusieurs structures liées à la lutte contre le cancer, dont le premier centre de médecine nucléaire de Madagascar à Antananarivo, soutenu par l’AIEA. (Photo : L. Haskins/AIEA)
Le Cancer de la Femme, une Urgence dans l’Urgence
L’audit révèle une réalité alarmante : les femmes sont les premières victimes du cancer à Madagascar. Le cancer du col de l’utérus est le plus meurtrier pour elles. Avec 2 473 décès pour 3 458 nouveaux cas diagnostiqués en 2022, le ratio de mortalité dépasse les 71%, ce qui en fait l’un des plus élevés au monde, selon les données de Globocan. Cette situation dramatique est directement liée au manque d’accès au dépistage et à la vaccination contre le papillomavirus humain (VPH). La revue a néanmoins salué les progrès récents de Madagascar, qui a déjà déployé le dépistage des lésions précancéreuses et prévoit de lancer la vaccination contre le VPH en octobre 2025, une étape jugée cruciale.
Madagascar, dans une Dynamique Continentale
En s’engageant dans la création de son premier plan national, Madagascar ne lutte pas seulement pour ses citoyens. Sa démarche s’inscrit dans une dynamique continentale plus large, soutenue par les agences internationales. D’autres pays comme la Zambie, le Ghana, l’Ouganda ou le Bénin ont également mené ou sont en train de mener des revues imPACT pour structurer leur riposte. Ces efforts partagés visent à actionner plusieurs leviers stratégiques : améliorer l’accès à la radiothérapie, former et retenir les spécialistes, et développer des modèles de financement innovants comme les partenariats public-privé (PPP) pour acquérir des équipements coûteux. La réussite de la stratégie malgache offrira des leçons précieuses pour tout un continent qui refuse de laisser le cancer devenir la prochaine grande épidémie.
