Le 9 juillet dernier, la Maison Blanche a déroulé le tapis rouge pour un « mini-sommet » africain, conviant les dirigeants de cinq nations choisies : Mauritanie, Guinée-Bissau, Libéria, Sénégal et Gabon. Près de deux mois plus tard, le faste de la rencontre s’est estompé, laissant place à une analyse plus froide de ce qui apparaît comme la nouvelle doctrine de l’administration Trump pour l’Afrique : une rupture radicale avec le passé, pragmatique pour certains, dangereusement réductrice pour d’autres.
Une stratégie de division assumée
Le premier acte fort de ce sommet fut l’absence des invités. Aucune des puissances traditionnelles du continent – Nigeria, Afrique du Sud, Égypte, Éthiopie – n’était présente. La raison est limpide : leur appartenance ou leur proximité avec le bloc des BRICS, considéré par Washington comme un regroupement aux politiques « anti-américaines ». En se tournant vers des nations plus modestes, qualifiées par l’analyste Christopher Afoke Isike de « proies faciles » (« low-hanging fruit »), Trump envoie un message clair : l’Amérique choisira ses partenaires à la carte, privilégiant ceux qui ne sont pas alignés avec ses adversaires stratégiques, la Chine et la Russie.
« Le business d’abord », le slogan d’une rupture radicale
Le second pilier de cette doctrine est le remplacement de l’aide par le commerce, une politique « transactionnelle qui troque la charité contre des investissements stratégiques américains ». La dissolution de l’agence d’aide humanitaire USAID, annoncée le 1er juillet par le Secrétaire d’État Marco Rubio, en est le symbole le plus brutal. Trump ne s’en cache pas : il s’intéresse au « potentiel commercial énorme » de l’Afrique et à ses richesses minières, comme l’a montré sa déclaration sur l’obtention par les USA de « droits miniers du Congo » suite à un accord de paix, même si les textes ne le confirment pas explicitement. Le message aux dirigeants africains est simple : « l’Amérique d’abord », et les partenariats seront dictés par les intérêts commerciaux américains.
Des paroles aux actes : l’attente des « deals » concrets
Les dirigeants des cinq pays invités ont répondu favorablement à cette approche, louant le président américain et vantant les richesses de leurs sous-sols, appelant à des « partenariats gagnant-gagnant ». Cependant, près de deux mois après ce déjeuner à la Maison Blanche, aucune annonce majeure d’investissement ou de contrat commercial n’a encore concrétisé cette nouvelle relation. Ce silence interroge sur la substance réelle de l’initiative. S’agissait-il d’un simple coup de communication ou du prélude à une véritable offensive économique ?
Un pari à haut risque dans la compétition mondiale
En choisissant de fragmenter son approche et d’ignorer les locomotives économiques et démographiques du continent, l’administration Trump fait un pari à haut risque. Elle sous-estime peut-être la complexité des alliances en Afrique, où des pays comme le Sénégal ou la Guinée-Bissau entretiennent également des relations très étroites avec la Chine. En pensant pouvoir contrer l’influence de Pékin avec une diplomatie sélective et purement transactionnelle, Washington risque de se méprendre sur la capacité des dirigeants africains à naviguer entre les différentes puissances pour maximiser leurs propres intérêts.
