Le 9ème sommet de la Conférence Internationale de Tokyo sur le Développement de l’Afrique (TICAD9) s’est achevé sur un résultat spectaculaire : la signature de 300 accords entre le Japon et les nations africaines. Ce chiffre, qui triple les engagements pris lors de l’édition précédente en 2022, n’est pas qu’une statistique. Il marque une accélération fulgurante de la stratégie japonaise sur le continent et signale un retour en force de Tokyo dans l’arène de la compétition géo-économique en Afrique.
La « qualité » comme arme de différenciation massive
Face à la domination chinoise sur les infrastructures africaines depuis deux décennies, le Japon a choisi de ne pas rivaliser sur le volume ou la vitesse, mais sur la nature de son offre. La doctrine de Tokyo, martelée par ses officiels, est celle d’un partenariat « durable, transparent et mutuellement bénéfique ». Concrètement, cela se traduit par le concept d' »infrastructure de qualité », qui prend en compte non seulement le coût de construction mais aussi la maintenance à long terme, l’impact environnemental et la formation de la main-d’œuvre locale. En mettant l’accent sur la « stabilité à long terme, la gouvernance démocratique et la sécurité humaine », le Japon propose un modèle de développement alternatif, un argument qui gagne en popularité auprès de nombreux gouvernements africains.
Plus que le capital, le capital humain
Au-delà des projets d’infrastructures, la véritable signature de l’approche japonaise réside dans son insistance sur le développement humain. Les accords signés couvrent massivement les secteurs de la santé, de l’éducation, de la technologie et de l’agriculture. Cette stratégie vise à créer de la valeur à long terme en renforçant les compétences locales. Pour le Japon, la stabilité future de l’Afrique et sa prospérité – essentielles pour ses propres intérêts économiques – dépendent de la force de ses institutions et de la qualification de sa jeunesse. C’est un investissement dans le capital humain, une approche moins visible que les stades et les autoroutes, mais potentiellement plus transformatrice.
Le pari gagnant de la diversification africaine
Si le Japon a une stratégie, les leaders africains ont aussi la leur. Comme l’a souligné le président angolais João Lourenço, président en exercice de l’Union Africaine, l’Afrique n’est plus un simple réceptacle de l’aide mais un « acteur stratégique ». La multiplication des offres de partenariat (Chine, Russie, Turquie, Europe, USA, Japon…) place le continent dans une position de force. Les dirigeants africains voient en la TICAD9 une opportunité de diversifier leurs alliances et de choisir le partenaire le plus adapté à chaque besoin spécifique. Ils viennent chercher au Japon une expertise reconnue mondialement en matière de technologie de pointe, de résilience face aux catastrophes et d’infrastructures de haute qualité.
Un moment décisif pour le partenariat nippo-africain
TICAD9 n’est pas un sommet de plus. Il marque un point d’inflexion, une volonté commune d’accélérer et d’approfondir les relations. Pour le Japon, c’est une étape cruciale pour renforcer son statut de puissance mondiale responsable. Pour l’Afrique, c’est la confirmation de son rôle central dans l’économie globale, comme l’a souligné le Premier ministre Shigeru Ishida. Le véritable test commencera maintenant, avec la mise en œuvre de ces 300 accords, qui sera suivie de près par des comités conjoints. Le succès de cette nouvelle phase de coopération pourrait redéfinir durablement l’équilibre des partenariats en Afrique.

