Quand le PDG d’Uber, Dara Khosrowshahi, l’un des plus grands opérateurs de flottes de véhicules au monde, qualifie les voitures électriques (EV) chinoises d' »incroyables », l’industrie écoute. Son analyse, livrée récemment lors d’un podcast, offre un éclairage crucial sur les raisons de la domination chinoise, bien loin des clichés habituels. Selon lui, la véritable force de la Chine ne réside pas seulement dans sa politique industrielle, mais dans un paradoxe que les constructeurs occidentaux peinent encore à comprendre.
Le paradoxe chinois : une stratégie d’État, une guerre de marché
L’explication de la suprématie chinoise est souvent réduite à une stratégie étatique centralisée. Khosrowshahi propose une vision plus nuancée, qu’il qualifie de « meilleur des deux mondes ». D’un côté, une politique industrielle « top-down » fixée par le gouvernement, qui a massivement encouragé le virage vers l’électrique. De l’autre, une compétition « bottom-up » d’une férocité inouïe. « En Chine, il y a maintenant plus de 100 constructeurs », explique-t-il, créant un environnement où « les gagnants ne sont pas les amis du président. Les gagnants sont ceux qui l’emportent dans un environnement concurrentiel brutal ».
Des champions forgés par le feu de la compétition
Cette dynamique interne est la clé. Les champions qui émergent pour conquérir le marché mondial, comme BYD ou Geely, ne sont pas des entreprises d’État protégées. Ce sont les survivants d’une guerre économique darwinienne. « Ils en ont bavé », affirme Khosrowshahi, résumant le processus par « la survie du plus apte ». C’est cette épreuve du feu qui explique pourquoi leur technologie, leur qualité et leurs coûts sont jugés « bien supérieurs » à ceux de l’Occident, un constat partagé par le PDG de Ford, Jim Farley. Ils arrivent sur le marché international déjà optimisés pour la performance et le prix.
La leçon pour un Occident au ralenti
L’analyse de Khosrowshahi, en tant que client potentiel majeur via les flottes d’Uber, est un avertissement sévère pour l’industrie automobile occidentale. La compétition ne vient pas d’une entité monolithique et subventionnée, mais de l’écosystème le plus compétitif au monde. L’innovation et la « vitesse de développement extraordinaires » qu’il observe en Chine sont le fruit de cette pression constante. Pour les géants américains et européens, le défi n’est plus seulement de rattraper un concurrent, mais de comprendre et de répondre à un modèle qui a réussi à faire de la compétition la plus sauvage le moteur de sa politique industrielle.

