Un accord secret de déportation conclu avec les États-Unis sous l’administration Trump a plongé le royaume d’Eswatini dans une bataille judiciaire aux enjeux fondamentaux. L’affaire, portée devant la Haute Cour par des avocats et des activistes des droits de l’homme, met en lumière le conflit classique entre la realpolitik diplomatique et les exigences de la gouvernance démocratique. Au cœur du débat : un pacte dont l’opacité soulève de sérieuses questions constitutionnelles et stratégiques.
Un pacte conclu dans l’opacité la plus totale
Le nœud du problème réside dans le caractère secret de l’accord. Des organisations comme le Eswatini Litigation Centre et le Southern Africa Litigation Centre soutiennent que le pacte est illégal au motif qu’il n’a jamais été présenté au parlement pour approbation et que ses termes n’ont pas été rendus publics. La concrétisation de cet accord en juillet, avec la déportation de cinq individus qualifiés de « mortels » vers Eswatini, a transformé une question de principe en une crise tangible, soulevant des inquiétudes quant à la sécurité nationale et aux droits de l’homme.
Le calcul de l’exécutif : payer le prix de l’alliance
Face à la contestation, la stratégie du gouvernement oscille entre le dédain et la justification. L’Attorney General, Sifiso Khumalo, a qualifié la plainte de « frivole ». Parallèlement, le gouvernement a justifié l’accord comme un moyen de « renforcer les liens de longue date d’Eswatini avec Washington ». C’est ici que le calcul stratégique apparaît : accepter un fardeau controversé et un risque réputationnel en échange des bénéfices diplomatiques et économiques d’une relation solide avec les États-Unis. La porte-parole, Thabile Mdluli, a reconnu que l’accueil de ces individus soulevait des « questions sensibles », tout en assurant que le royaume respectait les protocoles internationaux et les droits de l’homme.
La transparence, épreuve de force pour la monarchie
Au-delà de ce cas précis, le procès, reporté au 25 septembre, est devenu un test pour la gouvernance de la dernière monarchie absolue d’Afrique. La demande de l’avocat Mzwandile Masuku est claire : « Nous voulons que l’exécutif soit tenu pour responsable, nous voulons de la transparence ». L’issue de cette affaire sera un indicateur crucial de l’équilibre des pouvoirs à Eswatini et de la capacité de la société civile à exiger des comptes sur des accords internationaux qui engagent l’avenir du pays.

